—J'étais son soldat... répondit doucement le vétéran. C'était seulement pour vous dire qu'on peut, au moment de mourir... prier sans être lâche...
Calebasse regarda attentivement cet homme au visage basané, type parfait et populaire du soldat de l'empire; une profonde cicatrice sillonnait sa joue gauche et se perdait dans sa large moustache grise. Les simples paroles de ce vétéran, dont les traits, les blessures et le ruban rouge semblaient annoncer la bravoure calme et éprouvée par les batailles, frappèrent profondément la fille de la veuve.
Elle avait refusé les consolations du prêtre encore plus par fausse honte et par crainte des sarcasmes de sa mère que par endurcissement. Dans sa pensée incertaine et mourante, elle opposa aux railleries sacrilèges de la veuve l'assentiment du soldat. Forte de ce témoignage, elle crut pouvoir écouter sans lâcheté des instincts religieux auxquels des hommes intrépides avaient obéi.
—Au fait, reprit-elle avec angoisse, pourquoi n'ai-je pas voulu entendre le prêtre?... Il n'y avait pas de faiblesse à cela... D'ailleurs ça m'aurait étourdie... et puis... enfin... après... qui sait?
—Encore! dit la veuve d'un ton de mépris écrasant. Le temps manque... c'est dommage... tu serais religieuse. L'arrivée de ton frère Martial achèvera ta conversion. Mais il ne viendra pas, l'honnête homme... le bon fils!
Au moment où la veuve prononçait ces paroles, l'énorme serrure de la prison retentit bruyamment, et la porte s'ouvrit:
—Déjà! s'écria Calebasse en faisant un bon convulsif. Ô mon Dieu! on a avancé l'heure! on nous trompait!
Et ses traits commençaient à se décomposer d'une manière effrayante.
—Tant mieux... si la montre du bourreau avance... tes béguineries ne me déshonoreront pas.
—Madame, dit l'un des employés de la prison à la condamnée avec cette commisération doucereuse qui sent la mort, votre fils est là... voulez-vous le voir?