Les deux valets de pied du prince l'avaient assis par terre et adossé à un arbre.

Tout ceci s'était passé mille fois plus rapidement qu'il n'est possible de l'écrire, à quelques pas de la guinguette d'où étaient sortis le Squelette et sa bande.

Le prince, pâle, ému, entourait de ses bras Fleur-de-Marie défaillante, pendant que les postillons rajustaient les traits, qui avaient été à moitié brisés dans la bagarre.

—Vite, dit le prince à ses gens, occupés à secourir le Chourineur, transportez ce malheureux dans ce cabaret... Et toi, ajouta-t-il s'adressant à son courrier, monte sur le siège, et qu'on aille ventre à terre chercher à l'hôtel le docteur David; il ne doit partir qu'à onze heures... on le trouvera...

Quelques minutes après, la voiture partait au galop, et les deux domestiques transportaient le Chourineur dans la salle basse où avait eu lieu l'orgie, et où se trouvaient encore quelques-unes des femmes qui y avaient figuré.

—Ma pauvre enfant, dit Rodolphe à sa fille, je vais te conduire dans une chambre de cette maison... et tu m'y attendras... car je ne puis abandonner aux seuls soins de mes gens cet homme courageux qui vient de me sauver encore la vie.

—Oh! mon père, je vous en prie, ne me quittez pas..., s'écria Fleur-de-Marie avec épouvante en saisissant le bras de Rodolphe, ne me laissez pas seule... je mourrais de frayeur... j'irai où vous irez...

—Mais ce spectacle est affreux!

—Mais grâce à cet homme... vous vivez pour moi, mon père... permettez-moi au moins que je me joigne à vous pour le remercier et pour le consoler.

La perplexité du prince était grande: sa fille témoignait une si juste frayeur de rester seule dans une chambre de cette ignoble taverne, qu'il se résigna à entrer avec elle dans la salle basse où se trouvait le Chourineur.