En parlant ainsi, mon exaltation était sincère; car vous savez, mon ami, qu'on appelle, à bon droit, les États du prince le Paradis de l'Allemagne.

Il m'est impossible de vous peindre le regard reconnaissant que ma cousine jeta sur moi en m'entendant parler de la sorte.

—Apprécier ainsi mon père, me dit-elle avec émotion, c'est être bien digne de l'attachement qu'il vous porte.

—C'est que personne plus que moi ne l'aime et l'admire! En outre des rares qualités qui font les grands princes, n'a-t-il pas le génie de la bonté, qui fait les princes adorés?...

—Vous ne savez pas combien vous dites vrai!... s'écria la princesse encore plus émue.

—Oh! je le sais, je le sais, et tous ceux qu'il gouverne le savent comme moi... On l'aime tant que l'on s'affligerait de ses chagrins comme on se réjouit de son bonheur; l'empressement de tous à venir offrir leurs hommages à Mme la marquise d'Harville consacre à la fois et le choix de Son Altesse Royale et la valeur de la future grande-duchesse.

—Mme la marquise d'Harville est plus digne que qui que ce soit de l'attachement de mon père; c'est le plus bel éloge que je puisse vous faire d'elle.

—Et vous pouvez sans doute l'apprécier justement: car vous l'avez probablement connue en France, ma cousine?

À peine avais-je prononcé ces derniers mots, que je ne sais quelle soudaine pensée vint à l'esprit de la princesse Amélie; elle baissa les yeux, et, pendant une seconde, ses traits prirent une expression de tristesse qui me rendit muet de surprise.

Nous étions alors à la fin de la contredanse, la dernière figure me sépara un instant de ma cousine; lorsque je la reconduisis auprès de Mme d'Harville, il me sembla que ses traits étaient encore légèrement altérés...