Puis, voulant changer sans doute un sujet de conversation qui l'embarrassait, elle me dit:
—Quel admirable talent que celui de M. Liszt, n'est-ce pas?
—Admirable. Avec quel plaisir vous l'écoutiez!
—C'est qu'en effet il y a, ce me semble, un double charme dans la musique sans paroles: non-seulement on jouit d'une excellente exécution, mais on peut appliquer sa pensée du moment aux mélodies que l'on écoute, et qui en deviennent pour ainsi dire l'accompagnement... Je ne sais si vous me comprenez, mon cousin?
—Parfaitement. Les pensées sont alors des paroles que l'on met mentalement sur l'air que l'on entend.
—C'est cela, c'est cela, vous me comprenez, dit-elle avec un mouvement de gracieuse satisfaction; je craignais de mal expliquer ce que je ressentais tout à l'heure pendant cette mélodie si plaintive et si touchante.
—Grâce à Dieu, ma cousine, lui dis-je en souriant, vous n'avez aucune parole à mettre sur un air triste.
Soit que ma question fût indiscrète et qu'elle voulût éviter d'y répondre, soit qu'elle ne l'eût pas entendue, tout à coup la princesse Amélie me dit, en me montrant le grand-duc, qui, donnant le bras à l'archiduchesse Sophie, traversait alors la galerie où l'on dansait:
—Mon cousin, voyez donc mon père, comme il est beau!... Quel air noble et bon! Comme tous les regards le suivent avec sollicitude! Il me semble qu'on l'aime encore plus qu'on ne le révère...
—Ah! m'écriai-je, ce n'est pas seulement ici, au milieu de sa cour, qu'il est chéri! Si les bénédictions du peuple retentissaient dans la postérité, le nom de Rodolphe de Gerolstein serait justement immortel.