Hier je le veillais; seul auprès de lui, le croyant endormi, je n'avais pu retenir mes larmes, qui coulaient silencieusement en songeant à mes beaux jours de Gerolstein. Il me vit pleurer, car il sommeillait à peine, et j'étais complètement absorbé par ma douleur; il m'interrogea avec la plus touchante bonté; j'attribuai ma tristesse aux inquiétudes que m'avait données sa santé, mais, il ne fut pas dupe de cette défaite.

Maintenant que vous savez tout, mon bon Maximilien, dites, mon sort est-il assez désespéré?... Que faire?... Que résoudre?...

Ah! mon ami, je ne puis vous dire mon angoisse. Que va-t-il arriver, mon Dieu?... Tout est à jamais perdu! Je suis le plus malheureux des hommes, si mon père ne renonce pas à son projet.

Voici ce qui vient d'arriver:

Tout à l'heure, je terminais cette lettre, lorsqu'à mon grand étonnement, mon père, que je croyais couché, est entré dans son cabinet, où je vous écrivais; il vit sur son bureau mes quatre premières grandes pages déjà remplies, j'étais à la fin de celle-ci.

—À qui écris-tu si longuement? me demanda-t-il en souriant.

—À Maximilien, mon père.

—Oh! me dit-il avec une expression d'affectueux reproche, je sais qu'il a toute ta confiance... Il est bien heureux, lui!

Il prononça ces derniers mots d'un ton si douloureusement navré que, touché de son accent, je lui répondis en lui donnant ma lettre presque sans réflexion:

—Lisez, mon père...