À ceci, je me permettrai de répondre qu'ainsi que je l'ai prouvé:
Le père est admis à faire inscrire sa fille AU BUREAU DES MOEURS, sur le registre de la prostitution; le mari a le même pouvoir sur sa femme.
Enfin, je citerai les passages suivants du livre de M. Prosper Tarbé:
«... Aujourd'hui, si une jeune fille de ONZE ANS ET DEMI (et Dieu sait quelle raison, quelle expérience on peut avoir à cet âge!) est victime d'une séduction, si sa mère éplorée vient demander justice aux magistrats, on lui demande s'il y a eu publicité ou violence; et, si cette malheureuse répond négativement, on ne peut rien pour son cœur de mère profondément outragé, rien pour sa pauvre fille corrompue, déshonorée avant d'être femme, rien pour la société, qui voit avec indignation toutes les lois de la morale indignement méconnues. (Page 114).
«Longtemps j'ai refusé de croire à l'inceste; ce me semblait une fiction faite pour la tragédie... mais la vie judiciaire tue une à une toutes les illusions du cœur... Que de pauvres mères sont venues conter en pleurant qu'elles avaient pour rivales leurs propres filles!... D'autres se disent victimes des brutales amours de leurs fils... Faut-il dire que quelquefois j'ai vu le père et la fille maltraiter la mère et la chasser honteusement de sa propre maison pour y goûter en paix, si Dieu le permettait, leurs coupables amours!.. Et lorsque ces misères sont connues d'un procureur du roi, LA LOI LE CONDAMNE À L'INACTION... Oh! c'est alors qu'on sent combien est vicieuse une législation qui laisse à la justice de Dieu le soin de punir des actes qui font tant de mal sur la terre!
«À la société qui demande vengeance, aux bonnes mœurs, à la religion, à la nature qui s'indignent, au malheureux qui pleure et vient demander justice et secours, l'homme de la loi doit répondre: JE NE PEUX RIEN... JE NE FERAI RIEN.
«Qu'on ne me dise pas que le ministère public peut faire des remontrances. Nul n'est censé ignorer la loi, cet adage est une vérité, et l'on sait bien maintenant répondre aux reproches du parquet:—La loi ne le défend pas, de quoi vous mêlez-vous?» (Pages 120 et 121.)
La loi étant impuissante à réprimer l'inceste, comment, je le demande, atteindra-t-elle le père qui, usant de son droit de chef de la communauté, poussera sa fille au déshonneur, afin de profiter du prix de la honte de cette malheureuse?
Veut-on un autre exemple de l'impossibilité où sont les classes pauvres de jouir du bénéfice de certaines lois civiles?
Voici un fait qui s'est passé le 8 de ce mois: