Et plus loin:
«Des frais très-considérables ont été faits avec une utilité très-problématique pour ces services, véritables superfétations dans les hôpitaux, qui n'ont pas toujours le nécessaire. Ainsi, tandis que l'administration est réduite à économiser sur l'eau de Seiltz, sur les sirops nécessaires à la tisane des pauvres fiévreux, sur la charpie, et., etc., on a accordé en dépenses extraordinaires, pour frais d'appareils, des sommes trop considérables, eu égard au peu d'avantage qu'on en a retiré.»
[8] Ceci n'a rien d'exagéré; nous empruntons les passages suivants à un article du Constitutionnel (19 janvier 1836). Cet article intitulé: «Une visite d'hôpital», est signé Z., et nous savons que cette initiale cache le nom d'une de nos célébrités médicales, qui ne peut être accusée de partialité dans la question des hôpitaux civils.
«Lorsqu'un malade arrive à l'hôpital, on a soin d'inscrire aussitôt sur une pancarte le nom de l'arrivant, le numéro du lit, la désignation de la maladie, l'âge du malade, sa profession, sa demeure actuelle. Cette pancarte est ensuite appendue à l'une des extrémités du lit. Cette mesure ne laisse pas d'avoir de graves inconvénients pour ceux à qui des revers imprévus font temporairement partager le dernier refuge du pauvre. Croiriez-vous, par exemple, que ce fût là pour Gilbert, malade, une circonstance indifférente à sa guérison? J'ai vu des jeunes gens, j'ai vu des vieillards imprévoyants à qui cette divulgation de leur misère et de leur nom de famille inspirait une profonde tristesse.
«C'est une rude corvée pour un malade que le jour où on l'admet à l'hôpital. Jugez si le malade doit être fatigué dès le lendemain de son arrivée; dans l'espace de vingt-quatre heures, il s'est vu successivement interrogé: 1° par son propre médecin; 2° par les médecins du bureau d'administration; 3° par le chirurgien de garde; 4° par l'interne de la salle; 5° par le médecin sédentaire de l'hôpital; et enfin 6° le lendemain matin par le médecin en chef du service, ainsi que par dix ou vingt des élèves zélés et studieux qui suivent la clinique publique. Sans doute cela profite à l'expérience maintenant si précoce des jeunes médecins, autant qu'aux progrès de l'art; mais cela aggrave les maux ou retarde certainement la guérison du malade...
«Un de ces malheureux disait un jour:
«Je serais un accusé de cour d'assises, que je n'aurais pas eu en quinze jours plus d'interrogatoires; cinquante personnes, depuis hier, m'ont harcelé de questions presque toujours semblables. Je n'avais qu'une pleurésie en entrant ici; mais je crains bien que l'insatiable curiosité de tant de personnes ne me donne à la fin une fluxion de poitrine.
«Une femme me disait:
«On m'obsède à chaque instant, on veut connaître mon âge, mon tempérament, ma constitution, la couleur de mes cheveux, si j'ai la peau brune ou blanche, mon régime, mes habitudes, la santé de mes ascendants, les circonstances sous lesquelles je suis née, ma fortune, ma position, mes plus secrètes affections et le motif supposé de mes chagrins; on va jusqu'à scruter ma conduite, et jusqu'à épier des sentiments que je devrais soigneusement renfermer dans mon cœur et dont le soupçon me fait rougir. Et plus loin:—On frappe ma poitrine en vingt endroits et devant tout le monde; on y fait de vilaines marques d'encre pour indiquer apparemment le progrès des obstructions qui ont envahi mes entrailles.—Les médecins d'à présent, ajoutait cette femme, ressemblent à des inquisiteurs: on guérit maintenant comme on punissait jadis, et cela me chagrine.»
Plus loin, après avoir décrit les formalités de la visite, M. Z. ajoute: