—Faut-il être méchant, mon Dieu!

—Mes pauvres enfants se jettent à ses genoux en demandant grâce; Catherine aussi; alors il dit à ma fille en jurant comme un furieux: «Si tu ne viens pas avec moi, j'achève ta mère!» Je vomissais le sang... je me sentais à moitié morte... je ne pouvais pas faire un mouvement... mais je crie à Catherine: «Laisse-moi tuer plutôt! mais ne suis pas ton père!—Tu ne te tairas donc pas», me dit Duport en me donnant un nouveau coup de pied qui me fit perdre connaissance.

—Quelle misère! Quelle misère!

—Quand je suis revenue à moi, j'ai retrouvé mes deux petits garçons qui pleuraient.

—Et votre fille?

—Partie!... s'écria la malheureuse mère, avec un accent et des sanglots déchirants, oui... partie... Mes autres enfants m'ont dit que leur père l'avait battue... la menaçant, en outre, de m'achever sur la place. Alors, que voulez-vous? la pauvre enfant a perdu la tête... elle s'est jetée sur moi pour m'embrasser... elle a aussi embrassé ses petits frères en pleurant... et puis mon mari l'a entraînée! Ah! sa mauvaise femme l'attendait dans l'escalier... j'en suis bien sûre!...

—Et vous ne pouviez pas vous plaindre au commissaire?

—Dans le premier moment, je n'étais qu'au chagrin de savoir Catherine partie... mais j'ai senti bientôt de grandes douleurs dans tout le corps, je ne pouvais pas marcher. Hélas! mon Dieu! ce que j'avais tant redouté était arrivé. Oui, je l'avais dit à mon frère, un jour mon mari me battra si fort... si fort... que je serai obligée d'aller à l'hospice. Alors... mes enfants... qu'est-ce qu'ils deviendront? Et aujourd'hui m'y voilà, à l'hospice, et... je dis: «Qu'est-ce qu'ils deviendront, mes enfants?»

—Mais il n'y a donc pas de justice, mon Dieu! pour les pauvres gens?

—Trop cher, trop cher pour nous, comme dit mon frère, reprit Jeanne Duport avec amertume. Les voisins avaient été chercher le commissaire... son greffier est venu, ça me répugnait de dénoncer Duport... mais, à cause de ma fille, il l'a fallu. Seulement j'ai dit que dans une querelle que je lui faisais, parce qu'il voulait emmener ma fille, il m'avait poussée... que cela ne serait rien... mais que je voulais revoir Catherine, parce que je craignais qu'une mauvaise femme, avec qui vivait mon mari, ne la débauchât.