—Si, si, que la foudre écrase celle qui porte ce nom! c'est elle qui a tout perdu. Notre tête serait en sûreté sur nos épaules sans ton imbécile amour pour cette créature.

Au lieu de s'emporter, Jacques Ferrand répondit avec un profond abattement:

—La connais-tu, cette femme? Dis? l'as-tu jamais vue?

—Jamais. On la dit belle, je le sais.

—Belle! répondit le notaire en haussant les épaules. Tiens, ajouta-t-il avec une sorte d'amertume désespérée, tais-toi, ne parle pas de ce que tu ignores. Ne m'accuse pas. Ce que j'ai fait, tu l'aurais fait à ma place.

—Moi! mettre ma vie à la merci d'une femme!

—De celle-là, oui, et je le ferais de nouveau, si j'avais à espérer ce qu'un moment j'ai espéré.

—Par l'enfer!... il est encore sous le charme, s'écria Polidori stupéfait.

—Écoute, reprit le notaire d'une voix calme, basse, et pour ainsi dire accentuée çà et là par les élans de désespoir incurable, écoute, tu sais si j'aime l'or? Tu sais ce que j'ai bravé pour en acquérir? Compter dans ma pensée les sommes que je possédais, les voir se doubler par mon avarice, endurer toutes les privations et me savoir maître d'un trésor, c'était ma joie, mon bonheur. Oui, posséder, non pour dépenser, non pour jouir, mais pour thésauriser, c'était ma vie... Il y a un mois, si l'on m'eût dit: «Entre ta fortune et ta tête, choisis», j'aurais livré ma tête.

—Mais à quoi bon posséder, quand on va mourir?