—Donnez... donnez, dit Clémence en s'asseyant auprès du lit; je ne quitterai pas Mlle de Fermont; je veux qu'elle voie au moins une figure amie lorsqu'elle ouvrira les yeux... ensuite je l'emmènerai avec moi, puisque le médecin trouve heureusement qu'on peut la transporter sans danger.
—Ah! madame, soyez bénie pour le bien que vous faites, dit M. de Saint-Remy; mais pardonnez-moi de ne pas vous avoir encore dit mon nom; tant de chagrins tant d'émotions... Je suis le comte de Saint-Remy, madame... le mari de Mme de Fermont était mon ami le plus intime. J'habitais à Angers... J'ai quitté cette ville dans mon inquiétude de ne recevoir aucune nouvelle de ces deux nobles et dignes femmes; elles avaient jusqu'alors habité cette ville, et on les disait complètement ruinées: leur position était d'autant plus pénible que jusqu'alors elles avaient vécu dans l'aisance.
—Ah! monsieur... vous ne savez pas tout... Mme de Fermont a été indignement dépouillée.
—Par son notaire, peut-être? Un moment j'en avais eu le soupçon.
—Cet homme était un monstre, monsieur. Hélas! ce crime n'est pas le seul qu'il ait commis. Mais heureusement, dit Clémence avec exaltation en songeant à Rodolphe, un génie providentiel en a fait justice, et j'ai pu fermer les yeux de Mme de Fermont en la rassurant sur l'avenir de sa fille. Sa mort a été ainsi moins cruelle.
—Je le comprends; sachant à sa fille un appui tel que le vôtre, madame, ma pauvre amie a dû mourir plus tranquille...
—Non-seulement mon vif intérêt est à tout jamais acquis à Mlle de Fermont... mais sa fortune lui sera rendue...
—Sa fortune!... Comment? Le notaire...?
—A été forcé de restituer la somme... qu'il s'était appropriée par un crime horrible...
—Un crime?...