Le fils de M. Lebrenn était un grand et robuste garçon de dix-neuf ans passés, d'une figure ouverte, bienveillante et hardie; une barbe naissante ombrageait sa lèvre et son menton; ses joues pleines étaient vermeilles et animées par l'émotion: il ressemblait beaucoup à son père.
Madame Lebrenn embrassa son fils et lui dit:
—Je ne m'attendais pas au plaisir de te voir aujourd'hui, mon enfant.
—Je l'ai été chercher à son école,—reprit le marchand.—Tu sauras tout à l'heure pourquoi, ma chère Hénory.
—Sans être inquiètes,—reprit madame Lebrenn en s'adressant à son mari,—Velléda et moi, nous nous étonnions de ne pas te voir rentrer... Il paraît que l'agitation augmente dans Paris... Tu sais qu'on a battu le rappel?
—Oh! mère!—s'écria Sacrovir, l'œil étincelant d'enthousiasme,—Paris a la fièvre... On devine que tous les cœurs battent plus fort. Sans se connaître, on se cherche, on se comprend du regard; dans chaque rue ce sont d'ardentes paroles... de patriotiques appels aux armes... Ça sent la poudre, enfin!... Ah! mère! mère!...—ajouta le jeune homme avec exaltation;—comme c'est beau le réveil d'un peuple!...
—Allons, calmez-vous, enthousiaste,—dit madame Lebrenn en souriant.
Et elle étancha avec son mouchoir la sueur dont était mouillé le front de son fils. Pendant ce temps, M. Lebrenn embrassait sa fille.
—Gildas,—dit le marchand,—on a dû apporter des caisses pendant mon absence?
—Oui, monsieur, de la toile et des glaces; elles sont dans l'arrière-boutique.