—Cette petite faucille d'or, mes enfants,—poursuivit M. Lebrenn,—est un emblème druidique; c'est le plus ancien souvenir que nous possédions de notre famille; son origine remonte à l'année 57 avant Jésus-Christ; c'est-à-dire qu'il y a de cela aujourd'hui dix-neuf cent six ans.

—Et ce bijou... l'un des nôtres l'a porté, mon père?—demanda Velléda.

—Oui, mon enfant,—répondit M. Lebrenn avec émotion.—Celle qui l'a porté était jeune comme toi, belle comme toi... et le cœur le plus angélique!... le courage le plus fier! Mais à quoi bon?... vous lirez cette admirable légende de notre famille dans ce manuscrit,—ajouta M. Lebrenn en indiquant à ses enfants un livret auprès duquel était placée la faucille d'or. Ce livret, ainsi que les plus anciens de ceux que l'on voyait sur la table, se composait d'un grand nombre de feuillets oblongs de peau tannée (sorte de parchemin), jadis cousus à la suite les uns des autres en manière de bande longue et étroite[21]; mais, pour plus de commodité, ils avaient été décousus les uns des autres et reliés en un petit volume, recouvert de chagrin noir, sur le plat duquel on lisait en lettres argentées:

An 57 av. J.-C.

[21] L'emploi de peaux tannées pour écrire remonte à une antiquité très-reculée, et fut répandu chez les peuples de l'Asie, ainsi que chez les Grecs, les Romains et les Gaulois. On conserve à la bibliothèque de Bruxelles un manuscrit du Pentateuque que l'on croit antérieur au neuvième siècle; il est écrit en cinquante-sept peaux cousues ensemble, formant un rouleau de trente-six mètres de long. (Ludovic Lalanne, Cur. bibl., p. 11.)

—Mais, mon père,—dit Sacrovir,—je vois sur cette table un livret à peu près pareil à celui-ci, à côté de chacun des objets dont vous nous avez parlé?...

—C'est qu'en effet, mes enfants, chaque relique provenant d'un des membres de notre famille est accompagnée d'un manuscrit de sa main, racontant sa vie et souvent celle des siens.

—Comment, mon père?—dit Sacrovir de plus en plus étonné;—ces manuscrits?...

—Ont tous été écrits par quelqu'un de nos aïeux... Cela vous surprend, mes enfants? Vous avez peine à comprendre qu'une famille inconnue possède sa chronique, comme si elle était d'antique race royale? puis vous vous demandez comment cette chronique a pu se succéder, sans interruption, de siècle en siècle, depuis près de deux mille ans jusqu'à nos jours?

—En effet, mon père,—dit le jeune homme,—cela me semble si extraordinaire...