—Tout à l'heure, mes enfants,—reprit le marchand,—je vous donnerai d'autres éclaircissements sur la langue employée dans ces manuscrits; laissez-moi d'abord appeler vos regards sur ces pieuses reliques, qui vous diront tant de choses après la lecture de ces manuscrits... Cette faucille d'or,—ajouta M. Lebrenn en replaçant le bijou sur la table,—est donc le symbole du manuscrit numéro 1, portant la date de l'an 57 avant Jésus-Christ. Vous le verrez, ce temps a été pour notre famille, libre alors, une époque de joyeuse prospérité, de mâles vertus, de fiers enseignements. C'était, hélas! la fin d'un beau jour... de terribles maux l'ont suivi, l'esclavage, les supplices, la mort...—Et après un moment de silence pensif, le marchand reprit:—En un mot, chacun de ces manuscrits vous dira presque siècle par siècle la vie de nos aïeux.
Pendant quelques instants, les enfants de M. Lebrenn, non moins silencieux et émus que leur père, parcoururent d'un regard avide ces débris du passé, dont nous donnerons une sorte de nomenclature chronologique, comme s'il s'agissait de l'inventaire du cabinet d'un antiquaire.
Nous l'avons dit, à la petite faucille d'or[23] était joint un manuscrit portant la date de l'an 57 avant Jésus-Christ.
[23] Rien de moins invraisemblable que la conservation séculaire d'un pareil bijou; on peut voir au Cabinet des antiques de la Bibliothèque nationale, un bracelet d'or d'un délicieux travail et de fabrication gauloise; ce bracelet a été reproduit dans l'excellent et curieux Livre d'or des métiers, p. 3, 1re liv., par le bibliophile Jacob et Ferdinand Serré.
Au manuscrit nº 2, portant la date de l'an 56 avant Jésus-Christ, était jointe une clochette d'airain, pareille à celle dont on garnit aujourd'hui en Bretagne les colliers des bœufs.
Cette clochette datait donc au moins de dix-neuf cent six ans.....
Au manuscrit nº 3, portant la date de l'année 50 après Jésus-Christ, était joint un fragment de collier de fer, ou carcan, rongé de rouille, sur lequel on reconnaissait les vestiges de ces lettres romaines burinées dans le fer:
SERVUS SUM...
Je suis esclave de...
Nécessairement le nom du possesseur de l'esclave se devait trouver sur le débris du collier qui manquait.
Ce carcan datait donc au moins de dix-sept cent quatre-vingt-dix-neuf ans.