—Mon père, cet homme est sans doute égaré?
—Ah! mon fils,—que Teutâtès t'entende[34]!... Nous offririons l'hospitalité à ce cavalier; son costume annonce qu'il est étranger... Quels beaux récits il nous ferait sur son pays et sur ses voyages!...
[34] «Teutâtès est le demi-dieu (ou le Saint) qui, aux yeux de nos pères, tenait dans ses mains les destinées particulières de toutes les âmes; c'est lui qui présidait à la circulation non-seulement sur la terre, mais dans tous les cercles de l'univers, véritables guides comme le nomme César, des voies et des voyages. (Jean Raynaud, art. Druid., Encyclop. nouv.)
—Que le divin Ogmi[35], dont la parole enchaîne les hommes par des liens d'or, nous soit favorable, père! Depuis si longtemps un étranger conteur ne s'est assis à notre foyer!
[35] Un des traités les plus caractéristique de ce génie conteur, et surtout de ce besoin d'entendre raconter, si particulier aux Gaulois, c'est la semi-divinité d'Ogmi.
«Il est impossible,—dit Jean Raynaud,—que chez les Gaulois, si amoureux de la parole, l'art qui lui correspond ne fût pas mis au premier rang parmi les inventions de l'esprit. Le demi-dieu qui symbolise cette puissance de la parole dont Lucain a décrit les attributs est figuré sous les apparences de la vieillesse, comme pour marquer qu'au détriment des vertus du corps, il possédait celles de la tradition et de l'expérience; revêtu de la peau du lion et de la massue d'Hercule, ce n'était pourtant point par la force qu'il s'attachait ses captifs. Liés à des chaînes d'or et d'ambre, qui partant de leurs oreilles venaient se réunir à la bouche, loin de lui résister, ils le suivaient, avec empressement, comme ces bêtes farouches autrefois asservies par la lyre d'Orphée.» (Jean Raynaud, art. Druid., Encyclop. nouv.)
—Et nous n'avons aucune nouvelle de ce qui se passe dans le reste de la Gaule.
—Malheureusement!
—Ah! mon fils! si j'étais tout-puissant comme Hésus[36], j'aurais chaque soir un nouveau conteur à mon souper.
[36] Hésus, comme le Jéhovah des Hébreux et le Jupiter des Païens, était le dieu suprême de la religion des Gaulois. Le nom de Hésus signifiait je suis celui qui suis.