—La charrue ne peut pas aller plus vite que le laboureur, frère Armel,—répondit Julyan.

Et en disant cela, il saisit son sabre à deux mains, se dressa de toute sa hauteur, et asséna un si furieux coup à son adversaire, que, bien que celui-ci, se jetant en arrière, eût tenté de parer avec son bouclier, le bouclier vola en éclats, et le sabre atteignit Armel à la tempe; de sorte qu'après s'être un instant balancé sur ses pieds, il tomba tout de son long sur le dos, tandis que tous ceux qui étaient là, admirant ce beau coup, battaient des mains en criant:

—Hèr!... hèr!... Julyan!...

Et Rabouzigued criait plus fort que les autres:

—Hèr!... hèr!...

Mamm' Margarid, après avoir abaissé sa quenouille pour annoncer la fin du combat, alla donner ses soins au blessé, tandis que Joel dit à l'inconnu en lui tendant la grande coupe:

—Ami hôte, tu vas boire ce vieux vin au triomphe de Julyan...

—Je bois au triomphe de Julyan et aussi à la vaillante défaite d'Armel!—répondit l'étranger;—car le courage du vaincu égale le courage du vainqueur... J'ai vu bien des combats! mais jamais déployer plus de bravoure et d'adresse!... Gloire à ta famille, Joel!... gloire à ta tribu!...

—Autrefois,—dit Joel,—ces combats du festin avaient lieu chez nous presque chaque jour... maintenant ils sont rares, et se remplacent par la lutte; mais le combat au sabre sent mieux son vieux Gaulois.

Mamm' Margarid, après avoir examiné le blessé, secoua deux fois la tête, pendant que Julyan soutenait son ami adossé à la muraille; une des jeunes femmes se hâta d'apporter un coffret rempli de linge, de baume, et contenant un petit vase rempli d'eau de gui[76]. Le sang coulait à flots de la blessure d'Armel; ce sang, étanché par Mamm' Margarid, laissa voir la figure pâle et les yeux demi-clos du vaincu.