[76] En Gaule, le gui était considéré, en sa qualité de plante sacrée, comme un spécifique universel. (Ammien Marcellin, liv. V.)
—Frère Armel,—lui disait Julyan de bonne amitié en se tenant à genoux près de lui,—frère Armel, ne faiblis pas pour si peu..... chacun son heure et son jour... Aujourd'hui tu es blessé, demain je le serai... Nous nous sommes battus en braves... L'étranger se souviendra des jeunes garçons de Karnak, et de la famille de Joel, le brenn de la tribu.
Armel, le visage baissé sur sa poitrine, le front couvert d'une sueur déjà glacée, ne paraissait pas entendre la voix de son ami. Mamm' Margarid secoua de nouveau la tête, se fit apporter sur une petite pierre des charbons allumés, y jeta de l'écorce de gui pulvérisée: une forte vapeur s'éleva des charbons, et Mamm' Margarid la fit aspirer à Armel. Au bout de quelques instants il ouvrit les yeux, regarda autour de lui comme s'il sortait d'un rêve... et dit enfin d'une voix faible:
—L'ange de la mort m'appelle... je vais aller continuer de vivre ailleurs[77]... Ma mère et mon père seront surpris et contents de me revoir si tôt... Moi aussi, je serai content de les revoir...
[77] Nous l'avons dit, selon la croyance druidique, l'on ne mourait pas, l'âme quittait ce monde pour un autre, et s'y revêtait d'une nouvelle enveloppe charnelle. Cette foi à la perpétuité de la vie, dans des existences successives, donnait aux Gaulois, en toute circonstance, ce mépris de la mort, signalé par tous les historiens de l'antiquité, car il constitue le trait le plus caractéristique de la race de nos pères.—Aristote assure que «les Gaulois poussaient le mépris du danger jusqu'à refuser de s'enfuir d'une maison prête à s'écrouler.»—Horace définit la Gaule: «La terre où l'on n'éprouve pas la peur de la mort;»—«Tandis que les Romains,—dit Polybe,—n'arrivaient au combat qu'après s'être rendus invulnérables, les Gaulois, se dépouillant de leurs vêtements habituels, y venaient presque nus; tel était le premier rang de leur armée, composé des plus jeunes, des plus beaux et des plus héroïques. Au premier abord, avant d'avoir fait l'épreuve du fer, l'ennemi lui-même éprouvait une sorte de terreur devant cette témérité surhumaine.»—«Coupés avec les haches à deux tranchants,—dit Pausanias,—ou déchirés à coups d'épée, l'emportement de leurs âmes (des Gaulois) ne faiblissait pas tant qu'ils respiraient; retirant les traits de leurs blessures, ils les retournaient contre les Grecs.»
Et il ajouta d'un ton de regret:
—J'aurais pourtant bien voulu entendre les beaux récits du voyageur...
—Quoi! frère Armel,—reprit Julyan, d'un air véritablement surpris et peiné,—tu partirais sitôt d'ici? Nous nous plaisions pourtant bien ensemble... Nous nous étions juré notre foi de saldunes de ne jamais nous quitter.
—Nous nous étions juré cela, Julyan?—reprit faiblement Armel.—Il en est autrement...
Julyan appuya son front dans ses deux mains et ne répondit rien.