[80] La plupart des monnaies gauloises portaient pour effigie une tête de cheval. Quant à la coutume de charger les mourants de payer les dettes contractées, ou d'en contracter de payables après la mort, voici ce que disent les historiens sur cette coutume, qui prouve combien était profondément enracinée dans l'esprit gaulois la foi à la perpétuité de la vie:—«On se prêtait de l'argent à rembourser dans l'autre monde,—dit Pomponius Mêla,—et même le remboursement des créances était remis après la mort.»—«Après avoir quitté les murs de Marseille,—dit Valère Maxime,—je trouvai cette ancienne coutume des Gaulois, qui ont institué, comme on sait, de se prêter mutuellement de l'argent à rembourser après la mort, car ils sont persuadés que les âmes des hommes sont éternelles.»
—Je remettrai tes pièces d'argent à Gigel,—dit le mourant, dont on entendait à peine la voix. Et il murmura une dernière fois à l'oreille de Julyan:—J'aurais... pourtant... bien aimé... à... entendre... les beaux récits... du... voyageur...
—Sois content, frère Armel,—lui répondit alors tout bas Julyan.—Je vais les bien écouter, ce soir, pour les retenir, ces beaux récits; et demain... j'irai te les dire... Je m'ennuierais ici sans toi... Nous nous sommes juré notre foi de saldunes de ne jamais nous quitter; j'irai donc continuer de vivre ailleurs avec toi[81].
[81] —«Il y a des Gaulois,—dit Pomponius Mêla,—qui se placent volontairement sur le bûcher de leurs amis, comme devant continuer de vivre ensemble après la mort.»
—Vrai... tu viendras?—dit le mourant, que cette promesse parut rendre très-heureux,—tu viendras... demain?
—Demain, par Hésus... je te le jure, Armel, je viendrai.
Et toute la famille, entendant la promesse de Julyan, le regarda avec estime. Le blessé parut encore plus satisfait que les autres, et dit à son ami d'une voix expirante:
—Alors, à bientôt, frère Julyan... et écoute attentivement... le récit... Maintenant... adieu... adieu... à vous tous de notre tribu...
Et Armel agita ses mains agonisantes vers ceux qui l'entouraient.
Et de même que des parents amicalement unis s'empressent autour de l'un d'eux, au moment où il part pour un long voyage, durant lequel il doit trouver des personnes restées chères au souvenir de tous, chacun serrait les mains d'Armel, et le chargeait de tendres paroles pour ceux de la famille ou de la tribu qu'il allait revoir.