—Ah! c'était une vraie Gauloise que celle-là!—dit la femme de Guilhern.—Femme soupçonnée... femme outragée... ces mots sont fiers... je les aime!
—Mais,—reprit Joel,—cette épreuve est donc une coutume des Gaulois des bords du Rhin?
—Oui,—répondit l'inconnu.—Le mari qui soupçonne sa femme d'avoir déshonoré son lit met l'enfant qui naît d'elle sur un bouclier, et l'expose au courant du fleuve... Si l'enfant surnage, l'innocence de la femme est prouvée; s'il s'abîme dans les flots, le crime de la mère est avéré[83]...
[83] Cette superstition, dit M. Amédée Thierry dans son Histoire des Gaulois, t. II, p. 63, a inspiré à un poëte grec inconnu quelques vers pleins de grâce, qui méritent de trouver place ici:
«C'est le Rhin, ce fleuve au cours impétueux, qui éprouve chez les Gaulois la sainteté du lit conjugal.—À peine le nouveau-né, descendu du sein maternel, a-t-il poussé le premier cri, que l'époux s'en empare.—Il le couche sur son bouclier et court l'exposer aux caprices des flots; car il ne sentira pas dans sa poitrine battre un cœur de père avant que le fleuve, juge et vengeur du mariage, ait prononcé l'arrêt fatal.—Ainsi donc, aux douleurs de l'enfantement succèdent pour la mère d'autres douleurs; elle connaît le véritable père, et pourtant elle tremble dans de mortelles angoisses, elle attend ce que décidera l'onde inconstante.» (Julian., Épist. XV, ad Maxim, philos.—Idem, Orat. in Constant, imper.—Anthiol, l. I, ch. lxiii.)
—Et cette vaillante épouse, ami hôte,—demanda Hénory, femme de Guilhern,—comment était-elle vêtue? Portait-elle des tuniques semblables aux nôtres?
—Non,—dit l'étranger;—leur tunique est très-courte et de deux couleurs: le corsage bleu, je suppose, et la jupe rouge; souvent elle est brodée d'or ou d'argent.
—Et les coiffes,—demanda une jeune fille,—sont-elles blanches et carrées comme les nôtres?
—Non; elles sont noires et évasées, souvent ornées de fils d'or ou d'argent.
—Et les boucliers,—demanda Guilhern,—sont-ils faits comme les nôtres?