Et après ce récit, Mamm' Margarid continua de filer sa quenouille.

—Ne te disais-je pas, ami,—reprit Joel,—que Siomara, l'aïeule de Margarid, valait ta Gauloise des bords du Rhin?

—Et ce noble nom ne doit-il pas porter bonheur à ma petite fille?—ajouta Guilhern en baisant tendrement la tête blonde de son enfant.

—Ce mâle et chaste récit est digne des lèvres qui l'ont prononcé,—dit l'étranger.—Il prouve aussi que les Romains, nos ennemis implacables, n'ont pas changé... Cupides et débauchés... tels ils étaient... tels ils sont encore. Et puisque nous parlons de Romains avides et débauchés, et que vous aimez les récits,—ajouta l'étranger avec un sourire amer,—vous saurez que j'ai été à Rome... et que là j'ai vu... Jules César... le plus fameux des généraux romains, et aussi le plus cupide, le plus infâme débauché qu'il y ait dans toute l'Italie; car de ses débauches infâmes je n'oserais parler devant des femmes et des filles.

—Ah! tu as vu ce fameux Jules César? Quel homme est-ce? demanda curieusement Joël.

L'étranger regarda le brenn comme s'il eût été très-surpris de sa question, et répondit, paraissant contraindre sa colère:

—César touche à l'âge mûr; il est de taille élevée; son visage est maigre et long, son teint pâle, son œil noir, son front chauve; et, comme cet homme réunit tous les vices des plus mauvaises femmes romaines, il a, ainsi qu'elles, l'orgueil de sa personne; aussi, pour dissimuler qu'il est chauve, porte-t-il toujours une couronne de feuilles d'or. Ta curiosité est-elle satisfaite, Joel? Veux-tu savoir encore que César tombe d'épilepsie? veux-tu savoir...

Mais l'inconnu n'acheva pas, et s'écria en regardant la famille du brenn avec un grand courroux:

—Par la colère de Hésus! ignorez-vous donc tous, tant que vous êtes ici, capables de prendre le sabre et la lance, et insatiables de vains récits, ignorez-vous donc qu'une armée romaine, après avoir envahi, sous le commandement de César, la moitié de nos provinces, prend ses quartiers d'hiver dans l'Orléanais, la Touraine et l'Anjou?

—Oui, oui, nous avions entendu parler de ces choses,—dit tranquillement Joel.—Des gens de l'Anjou, qui sont venus nous acheter des bœufs et des porcs, nous ont appris cela.