—Cette nuit je t'ai aussi entendu aller et venir dans ta chambre.
—Pauvre grand-père! je vous aurai réveillé?
—Non, je ne dormais pas... Mais, tiens, Georges, sois franc... tu as quelque chose.
—Moi? pas du tout.
—Depuis plusieurs mois tu es tout triste, tu es pâli, changé, à ne pas te reconnaître; tu n'es plus gai comme à ton retour du régiment?
—Je vous assure, grand-père, que...
—Tu m'assures... tu m'assures... je sais bien ce que je vois, moi... et pour cela, il n'y a pas à me tromper... j'ai des yeux de mère... va...
—C'est vrai, reprit Georges en souriant; aussi c'est grand'mère que je devrais vous appeler... car vous êtes bon, tendre et inquiet pour moi, comme une vraie mère-grand. Mais, croyez-moi, vous vous inquiétez à tort... Tenez, voilà votre cuiller... attendez que je mette la petite table sur votre lit... vous serez plus à votre aise.
Et Georges prit dans un coin, une jolie petite table de bois de noyer, bien luisante, pareille à celle dont se servent les malades pour manger dans leur lit; et après y avoir placé l'écuelle de soupe au lait, il la mit devant le vieillard.
—Il n'y a que toi, mon enfant, pour avoir des attentions pareilles, dit-il au jeune homme.