Albinik sait se vaincre; il reste calme envoyant sa chaste femme rougir sous les regards effrontés de César. Celui-ci a bientôt appelé à lui un homme richement vêtu, l'un de ses interprètes, qui, après quelques mots échangés avec le général romain, s'est approché de Méroë, et lui a dit en langue gauloise:
—César demande si tu es fille ou garçon?
—Moi et mon compagnon, nous fuyons le camp gaulois...—répondit ingénument Méroë.—Que je sois fille ou garçon, peu importe à César...
À ces paroles, que l'interprète lui traduisit, César se prit à rire d'un rire cynique. Il parut confirmer d'un signe de tête la réponse de Méroë, tandis que les officiers romains partageaient la gaieté de leur général. César continuait de vider coupe sur coupe, en attachant sur l'épouse d'Albinik des yeux de plus en plus ardents; il dit quelques mots à l'interprète, et celui-ci commença l'interrogatoire des deux prisonniers, transmettant à mesure leurs réponses au général qui lui indiquait ensuite de nouvelles questions.
—Qui êtes-vous?—a dit l'interprète;—d'où venez-vous?
—Nous sommes Bretons,—répondit Albinik.—Nous venons du camp gaulois, établi sous les murs de Vannes, à deux journées de marche d'ici...
—Pourquoi as-tu abandonné l'armée gauloise?
Albinik ne répondit rien, développa le linge ensanglanté dont son bras était entouré. Les Romains virent alors qu'il n'avait plus sa main gauche. L'interprète reprit:
—Qui t'a mutilé ainsi?
—Les Gaulois.