—Allons,—dit le marchand avec un soupir de regret. Et il se leva.—Tout est fini... Heureusement ma fille a du courage...

—J'en aurai aussi, monsieur...

—Monsieur Georges,—reprit M. Lebrenn en tendant la main au jeune homme,—vous êtes homme d'honneur. Je n'ai pas besoin de vous demander le silence sur cet entretien. Vous le voyez, je ressentais pour vous les meilleures dispositions. Ce n'est pas ma faute si mes projets... je dirai plus... mes désirs... mes vifs désirs... rencontrent un obstacle insurmontable.

—Jamais, monsieur, je n'oublierai la preuve d'estime dont vous venez de m'honorer. Vous agissez avec la sagesse, avec la prudence d'un père... Je ne puis... quoi que j'aie à en souffrir, qu'accepter avec respect votre décision. J'aurais dû même, je le reconnais, aller au devant de votre question à ce sujet... vous dire loyalement l'engagement sacré qui me liait à mon parti. Sans doute... je vous aurais fait cet aveu... lorsque, revenu de mon enivrement, j'aurais réfléchi aux devoirs que m'imposait ce bonheur inespéré... cette union... Mais pardon, monsieur,—ajouta Georges avec des larmes dans la voix,—pardon, je n'ai plus le droit de parler de ce beau rêve... Mais ce dont je me souviendrai toujours avec orgueil, c'est que vous m'avez dit: Vous pouvez être mon fils.

—Bien, monsieur Georges... je n'attendais pas moins de vous,—reprit M. Lebrenn en se dirigeant vers la porte.

Et tendant la main au jeune homme, il ajouta d'une voix émue:

—Encore adieu.

—Adieu, monsieur...—dit Georges en prenant la main que lui tendait le marchand. Mais soudain celui-ci, par une brusque étreinte, attira le jeune homme contre sa poitrine en lui disant d'une voix émue et les yeux humides:

—Viens, Georges, honnête homme! loyal cœur!... je t'avais bien jugé!

Georges, abasourdi, regardait M. Lebrenn sans pouvoir prononcer une parole; mais celui-ci lui dit à voix basse: