—Au contraire, madame... ça chauffe... ça chauffe,—répondit Dupont avec un air de satisfaction à peine déguisée.—On commence à élever des barricades au faubourg Saint-Antoine... Cette nuit les préparatifs... demain la bataille...
À peine Dupont achevait-il ces mots, qu'on entendit au dehors et au loin un grand tumulte et un formidable bruit de voix criant: Vive la réforme!
Gildas courut à la porte.
—Dépêchons-nous,—dit Dupont à son compagnon;—on prendrait notre camion comme noyau d'une barricade... Ce serait trop tôt; nous avons encore des pratiques à servir...—Puis, saluant madame Lebrenn:—Bien des choses à votre mari, madame.
Les deux hommes sautèrent sur le siége de leur camion, fouettèrent leur cheval, et s'éloignèrent dans une direction opposée à celle de l'attroupement.
Gildas avait suivi des yeux ce nouveau mouvement de la foule avec une inquiétude croissante; il vit tout à coup Pradeline sortir du café où elle était entrée, et se diriger vers le magasin, tenant une lettre à la main.
—Quelle enragée!... elle vient de m'écrire!—pensa Gildas.—La malheureuse m'apporte sa lettre!... Une déclaration!.... Je suis déshonoré aux yeux de mes patrons!...
De sorte que Gildas éperdu referma vivement la porte du magasin, lui donna un tour de clef et se tint coi auprès du comptoir.
—Eh bien,—lui dit madame Lebrenn,—pourquoi fermez-vous ainsi cette porte, Gildas?
—Madame, c'est plus prudent. Je viens de voir venir là-bas une bande d'hommes... dont la mine effrayante...