--Vous êtes ambitieux...
--Et comment ces calomnies serviraient-elles mon ambition?...
--Les soldats se désaffectionnant de Victorin, élu par eux général et l'un des chefs de la Gaule, vous useriez de votre influence sur Victoria, afin de l'amener à vous proposer aux soldats comme successeur de Victorin.
--Une mère! y songez-vous, bon Scanvoch?--répondit Tétrik en regardant Victoria.--Une mère! sacrifier son fils à un ami!...
--Victoria, dans la grandeur de son amour pour son pays, sacrifierait son fils à votre élévation, si ce sacrifice était nécessaire au salut de la Gaule... Ai-je menti, ma soeur?
--Non,--me répondit Victoria, qui paraissait chagrine de mes accusations contre son parent.--En cela tu dis la vérité; mais quant au reste, tu t'abuses...
--Et ce sacrifice héroïque, bon Scanvoch,--reprit le gouverneur,--Victoria le ferait, sachant que par mes calomnies souterraines j'aurais tâché de perdre son fils dans l'esprit de nos soldats?
--Ma soeur eût ignoré ces menées, si je ne les avais pas démasquées... D'ailleurs, souvent je lui ai entendu dire avec raison que si la paix s'affermissait enfin dans notre pays, il vaudrait mieux que son chef, au lieu d'être toujours enclin à batailler, songeât à guérir les maux des guerres passées; souvent elle vous a cité comme l'un de ces hommes qui préfèrent sagement la paix à la guerre.
--Je pense, il est vrai, que l'épée, bonne pour détruire, est impuissante à reconstruire,--reprit Victoria;--et, la liberté de la Gaule affermie, je voudrais que mon fils songeât plus à la paix qu'à la guerre... Aussi, t'ai-je engagé, Scanvoch, à tenter une dernière démarche auprès des chefs franks en t'envoyant près d'eux.
--Permettez-moi de vous interrompre, Victoria,--reprit Tétrik,--et de demander à notre ami Scanvoch s'il n'a pas d'autre accusation à porter contre moi...