--Je t'accuse d'être, ou l'agent secret de l'empereur romain, Galien, ou l'agent du chef de la nouvelle religion.

--Moi!--s'écria le gouverneur,--moi, l'agent des chrétiens!...

--J'ai dit l'agent du chef de la nouvelle religion... je veux parler de l'évêque qui siége à Rome.

--Moi, l'agent d'Étienne, évêque de Rome? le quatorzième pape de la nouvelle Église? de ce pape dont Firmilien, évêque de Césarée, écrivait ceci à Cyprien, chef du concile d'Espagne, composé de vingt-huit évêques: «Pourrait-on croire que cet homme (le pape Étienne) ait une âme et un corps? apparemment le corps est bien mal conduit, et cette âme est déréglée; Étienne ne craint pas de traiter son frère Cyprien de faux Christ, de faux apôtre, d'ouvrier frauduleux, et pour ne pas l'entendre dire de lui-même, il a l'audace de le reprocher aux autres [D].» Moi, l'agent de cet ambitieux et violent pontife!...

--Oui... à moins que, trompant à la fois et l'empereur romain et le pape de Rome, vous ne les serviez tous deux, quitte à sacrifier l'un ou l'autre, selon les nécessités de votre ambition.

--Que je serve les Romains, passe encore, Scanvoch,--répondit Tétrik avec son inaltérable placidité;--votre soupçon, si cruel qu'il soit pour moi, peut, à la rigueur, se comprendre; car, enfin, si par la force des armes nous sommes parvenus à reconquérir pas à pas, depuis près de trois siècles, presque toutes les libertés de la vieille Gaule, les empereurs romains ont vu avec douleur notre pays échapper à leur domination; je comprendrais donc, bon Scanvoch, que vous m'accusiez de vouloir arriver au gouvernement de la Gaule, afin de la rendre tôt ou tard aux Romains, en la trahissant, il est vrai, d'une manière infâme... Mais croire que j'agis dans l'intérêt du pape des chrétiens, de ces malheureux partout persécutés, martyrisés... n'est-ce pas insensé?... Que pourrais-je faire pour eux? que pourraient-ils faire pour moi?...

Scanvoch allait répondre; Victoria l'interrompit d'un geste, et dit à Tétrik, en lui montrant la croix de bois noir, symbole de la mort de Jésus, placée à côté de la coupe d'airain, où trempaient sept brins de gui, symbole druidique:

--Voyez cette croix, Tétrik, elle vous dit que, fidèle à nos dieux, je vénère cependant celui qui a dit:

«Que nul homme n'avait le droit d'opprimer son semblable...

Que les coupables méritaient pitié, consolation, et non le mépris et la rigueur...