La soeur de Néroweg, l'Aigle terrible, me répondit par un geste d'insouciance.
--As-tu besoin de quelque chose?--lui ai-je dit.--Veux-tu manger? veux-tu boire?...
--Je veux de l'eau... J'ai soif... je brûle!...
Sampso, malgré le refus de la prêtresse, alla chercher quelques provisions, une cruche d'eau, déposa le tout près d'Elwig, toujours sombre, immobile et muette; je fermai la porte, et remettant la clef à ma femme:
--Toi et Sampso, vous accompagnerez cette malheureuse créature chez Victoria vers le milieu du jour; mais veille à ce qu'elle ne puisse être seule avec notre enfant...
--Que crains-tu?
--Il y a tout à craindre de ces femmes barbares, aussi dissimulées que féroces... J'ai tué son amant en me défendant contre lui, elle serait peut-être capable par vengeance d'étrangler notre fils.
À ce moment je te vis accourir à moi, mon cher enfant. Entendant ma voix du fond de la chambre de ta mère, tu avais quitté ton lit, et tu venais demi-nu, les bras tendus vers moi, tout riant à la vue de mon armure, dont l'éclat réjouissait tes yeux. L'heure me pressait, je t'embrassai tendrement, ainsi que ta mère et sa soeur; puis j'allai seller mon cheval, mon brave et vigoureux Tom-Bras, à qui j'avais donné ce nom, en commémoration de notre aïeul Joel, qui appelait aussi Tom-Bras le fougueux étalon qu'il montait à la bataille de Vannes. Sampso et ta mère, qui te tenait entre ses bras, m'accompagnèrent jusqu'à l'écurie; ta tante m'aidait à brider ma monture, et caressant sa nerveuse encolure, elle disait:
--Tom-Bras, ne laisse pas ton maître en péril, sauve-le par la vitesse, et au besoin défends-le comme ce vaillant Tom-Bras des temps passés, qui, monté par le brenn de la tribu de Karnak, attaquait les Romains à coups de pied et à coups de dents.
--Chère Sampso,--ai-je repris en riant et me mettant en selle,--ne donnez pas ainsi de mauvais conseils à Tom-Bras en l'engageant à me sauver par sa vitesse. Le bon cheval de guerre est rapide dans la poursuite, lent dans la fuite... Quant à jouer des dents et des sabots, il s'en acquitte au mieux, témoin ce cheval frank, ma capture, qu'il a mis, vous le savez, presque en lambeaux dans cette écurie... Tom-Bras est comme son maître, il abhorre la race franque... Adieu, chère Sampso!... adieu, mon Ellèn bien-aimée!... adieu, mon petit Aëlguen!..