Le vieil Araïm.--Danse magique des Korrigans et des Dûs.--Le colporteur.--Le roi Hlod-Wig et ses crimes.--Sa femme Chrotechild.--La basilique des saints apôtres à Paris.--Bagaudes et Bagaudie.--Karadeuk, favori du vieil Araïm, veut rencontrer les Korrigans.--Ce qu'il en advient.
Ils ont parfois la vie longue, les descendants du bon Joel, qui vivait en ces mêmes lieux, près les pierres sacrées de la forêt de Karnak, il y a cinq cent cinquante ans et plus.
Oui, ils ont parfois la vie longue, les descendants du bon Joel, puisque moi, qui aujourd'hui écris ceci dans ma soixante-dix-septième année, j'ai vu mourir, il y a cinquante-six ans, mon grand-père Gildas, alors âgé de quatre-vingt-seize ans... après avoir écrit dans sa première jeunesse, sur notre légende, les dernières lignes tracées avant celles-ci.
Mon grand-père Gildas a vu mourir son fils Goridek (mon père); j'avais dix ans lorsque je l'ai perdu; neuf ans après, mon aïeul est mort... Plus tard, je me suis marié; j'ai survécu à ma femme Martha, et j'ai vu mon fils Jocelyn devenir père à son tour: il a aujourd'hui une fille et deux garçons; la fille s'appelle Roselyk; elle a dix-huit ans; l'aîné des garçons, Kervan, a trois ans de plus que sa soeur; le plus jeune, Karadeuk, mon favori, a dix-sept ans.
Lorsque tu liras ceci, mon fils Jocelyn, tu diras sans doute:
«Pourquoi donc mon bisaïeul Gildas n'a-t-il écrit rien autre chose dans notre chronique que la date de la mort de son père Amaël? Pourquoi donc mon grand-père Goridek n'a-t-il rien écrit non plus? Pourquoi donc enfin mon père Araïm a-t-il attendu si tard... si tard... pour accomplir le voeu du bon Joel, notre ancêtre?»
A ceci, mon fils Jocelyn, je répondrai:
Ton bisaïeul Gildas avait l'horreur des écritoires et des parchemins; de plus, ainsi que son père Amaël, il avait coutume de remettre toujours au lendemain ce qu'il pouvait se dispenser de faire le jour. Sa vie de laboureur n'était d'ailleurs ni moins paisible, ni moins laborieuse que celle de nos pères. Depuis la descendance de Scanvoch, revenu au berceau de notre famille, après qu'un grand nombre de nos générations en avaient été éloignées par les dures vicissitudes de la conquête romaine et de l'esclavage antique, ton bisaïeul Gildas disait d'habitude à mon père: