--Quoi! en ces temps-ci, traverser la moitié de la Gaule, envahie par ces Franks maudits!

--Je suis un vieux routier; je parcours en tous sens la Gaule depuis vingt ans... Le grand chemin est-il hasardeux? je prends le sentier; la plaine périlleuse? je prends la montagne; le jour chanceux? je marche de nuit.

--Et tu n'as pas été cent fois dévalisé par ces pillards franks?

--Je suis un vieux routier, te dis-je; aussi, avant d'entrer en Bretagne, j'endossais bravement une robe de prêtre, et sur ma balle était peinte une croix avec les flammes rouges de l'enfer. Ces larrons franks, aussi féroces que stupides, craignent le diable, dont les évêques leur font peur pour partager avec eux les dépouilles de la Gaule; ils n'osaient m'attaquer, me prenant pour un prêtre.

--Allons, voici le souper prêt... à table,--dit le vieil Araïm; et, s'adressant tout bas à la femme de son fils, toujours pensive et triste:

--Qu'avez-vous donc, Madalèn?... Songez-vous encore aux Korrigans?...

--Cet étranger, qui revêt la robe du prêtre sans être prêtre, portera malheur à notre maison... La tempête semble redoubler de fureur depuis qu'il est entré ici...

Rassurer le coeur d'une mère est impossible: le grand-père n'y tâcha plus. On s'attable, on boit, on mange; le colporteur boit et mange en homme à qui la route a donné grand appétit. Les mâchoires ont joué, les langues démangent, celle du grand-père lui démange non moins qu'aux autres; on n'a pas tous les jours pour la veillée un colporteur venant de Paris.

--Et que se passe-t-il à Paris, brave porte-balle?

--Ce que j'ai vu de plus satisfaisant dans cette ville, c'est la mise en terre du roi de ces Franks maudits!