--Karadeuk, mon favori, ne vous échauffez pas de la sorte. Grâce aux dieux, ce Clovis est mort; c'est toujours celui-là de moins. Continue, brave porte-balle.

--Donc, ce Sigebert le Boiteux était roi de Cologne; il avait un fils. Clovis lui dit: «Ton père est vieux... tue-le, tu hériteras de lui.» Le fils, en vrai Frank, trouve le conseil bon, et tue son père. Que fait Clovis? il tue à son tour le parricide et s'empare du royaume de Cologne.

--Vous frissonnez, mes enfants? je te crois... Tels sont donc ces nouveaux rois de la Gaule!

--Quoi! vous frissonnez déjà, mes hôtes? c'est trop tôt, attendez. Peu de temps après ce meurtre, Clovis égorge, de sa main, deux de ses proches parents, le père et le fils, nommés Chararic, et il les dépouille de ce qu'ils avaient eux-mêmes pillé en Gaule... Mais voici qui vaut mieux: Clovis combattait un autre bandit de sa royale famille, nommé Ragnacaire; il fait confectionner des colliers et des baudriers de faux or, les envoie par un de ses affidés aux leudes, compagnons de guerre de Ragnacaire, leur demandant en retour de ce présent de lui livrer leur chef et son fils. Le marché conclu, les deux Ragnacaire sont livrés, à Clovis. Ce grand roi les abat à coups de hache comme boeufs en boucherie, après avoir ainsi larronné les leudes, ses complices, en payant leur trahison avec de faux or.

--Et les évêques chrétiens prêchent au peuple la soumission à de pareils monstres?

--Certes, puisque les crimes de ces monstres sont la source des richesses de l'Église! Songez-y donc, bon vieux père, les meurtres, les fratricides, les parricides, les incestes des rois et des seigneurs franks rapportent plus de sous d'or à ces gras fainéants d'évêques, que vos terres, fécondées par votre dur travail quotidien, honnêtes laboureurs, ne vous rapportent de deniers. Mais, écoutez le dernier tour du pieux roi Clovis... Il avait ainsi égorgé ou fait massacrer tous ses parents; un jour il rassemble son entourage, et dit en gémissant: «Malheureux que je suis! resté seul comme un voyageur au milieu des étrangers, je n'ai plus de parents pour me secourir si l'adversité venait.»

--Il se repent enfin de ses meurtres... c'est la moindre des punitions qui l'attendent.

--Se repentir! lui, Clovis? bien sot il eût été, bon vieux père... est-ce que les prêtres ne le délivraient point du souci des remords, moyennant belles livres d'or et d'argent?

--Alors, pourquoi disait-il ces paroles: «Malheureux que je suis! resté seul sans parents pour me secourir si l'adversité venait?»

--Pourquoi? autre ruse sanglante, car «ce n'était point que Clovis s'affligeât de la mort de ses parents qu'il avait fait égorger... non, il parlait ainsi par ruse, afin de savoir s'il avait encore là quelque parent, afin de le tuer...»