--Mort au Nazaréen! l'ennemi de l'empereur Tibère, le protecteur de la Judée!...
--Oui, oui!--reprirent plusieurs voix,--le Nazaréen s'est dit roi des Juifs!
--Il veut renverser la domination de l'empereur Tibère!
--Il veut se déclarer roi en soulevant la populace contre les Romains, nos amis et alliés.
--Réponds à cela, Ponce-Pilate!--cria du milieu de la foule l'un des deux émissaires.--Comment se fait-il que nous autres Hébreux, nous nous montrions plus dévoués que toi au pouvoir de l'empereur, ton maître?... Comment se fait-il que ce soit nous autres Hébreux, qui demandions la mort du séditieux qui veut renverser l'autorité romaine, et que ce soit toi, gouverneur pour Tibère, qui veuilles gracier ce séditieux?...
Cette apostrophe parut d'autant plus troubler Ponce-Pilate, que de tous côtés on cria dans la foule:
--Oui, oui... ce serait trahir l'empereur que de délivrer le Nazaréen!
--Ou prouver peut-être que l'on est son complice.
Ponce-Pilate, malgré le désir qu'il avait peut-être de sauver le jeune maître de Nazareth, parut de plus en plus troublé de ces reproches partis de la foule, reproches qui mettaient en doute sa fidélité à l'empereur Tibère [27]. Il alla vers les pharisiens et s'entretint avec eux à voix basse, tandis que les miliciens gardaient toujours au milieu d'eux Jésus garrotté.
Alors, Caïphe, prince des prêtres, reprit tout haut en s'adressant à Pilate, afin d'être entendu de la foule et en montrant Jésus: