--Salut au Messie!
--Salut au fils de Dieu!
--Salut au César des poltrons, salut!
Jésus, assis sur son banc, regardait les préparatifs de cette cérémonie insultante avec une inaltérable placidité; le porte-couronne, s'étant approché le premier, leva la tresse épineuse au-dessus de la tête du jeune homme de Nazareth, et lui dit:
--Je le couronne, ô roi [34]!
[Note 34: ][ (retour) ] Pour toute cette scène où le burlesque le dispute à l'horrible, voir: Évangile selon saint Matthieu, ch. XXVII, v. 28, 29, 30, etc., etc.
Et le Romain enfonça si brutalement cette couronne sur la tête de Jésus, que les épines lui déchirèrent le front; de grosses gouttes de sang coulèrent comme des larmes sanglantes sur le pâle visage de la victime; mais, sauf le premier tressaillement involontaire causé par la douleur, les traits du jeune maître reprirent leur mansuétude ordinaire et ne trahirent ni ressentiment ni courroux.
--Et moi, je te revêts de la pourpre impériale, ô roi!--ajouta un autre Romain pendant qu'un de ses compagnons arrachait la tunique que l'on avait rejetée sur le dos de Jésus. Sans doute la laine de ce vêtement s'était déjà collée à la chair vive, car, au moment où il fut violemment arraché des épaules de Jésus, il poussa un grand cri de douleur, mais ce fut tout, il se laissa patiemment revêtir du manteau rouge.
--Maintenant, prends ton sceptre, ô grand roi!--ajouta un autre soldat en s'agenouillant devant le jeune maître et lui mettant dans la main le cep de vigne du centurion; puis tous, avec de grands éclats de rire, répétèrent:
--Salut, ô roi des Juifs, salut!