Jésus, toujours agenouillé, et le front penché vers la terre, s'aida de ses deux mains pour tâcher de se relever, ce qu'il fit à grand'peine; puis, encore tout chancelant, il attendit qu'on lui eût placé la croix sur les épaules; mais à peine fut-il de nouveau chargé de ce fardeau, que, malgré son courage et sa bonne volonté, il ploya et tomba une seconde fois comme écrasé sous ce poids.

--Allons,--dit brutalement l'officier romain,--il est fourbu!

--Seigneur Baruch,--s'écria un des émissaires, qui n'avait, non plus que les pharisiens, quitté la victime,--voyez-vous cet homme en manteau brun, qui passe si vite en détournant la tête comme s'il ne voulait pas être reconnu? je l'ai souvent vu aux prêches du Nazaréen... si on le forçait de porter la croix?

--Oui,--dit Baruch--appelez-le...

--Eh! Simon!--cria l'émissaire,--eh! Simon, le Cyrénéen! vous qui preniez votre part des prédications du Nazaréen, venez donc à cette heure prendre part du fardeau qu'il porte [40]...

[Note 40: ][ (retour) ] Évangile selon saint Matthieu, ch. XXVII, v. 32.

À peine cet homme eut-il appelé Simon, que beaucoup de gens parmi la foule crièrent comme lui:

--Eh! Simon... Simon!...

Celui-ci, au premier appel de l'émissaire, avait hâté sa marche, comme s'il n'eût rien entendu; mais lorsqu'un grand nombre de voix crièrent son nom, il revint sur ses pas, se dirigea vers l'endroit où se tenait Jésus, et s'approcha d'un air troublé.

--On va crucifier Jésus de Nazareth, de qui tu aimais tant à écouter la parole,--lui dit le banquier Jonas en raillant;--c'est ton ami, ne l'aideras-tu pas à porter sa croix?