--Adieu, Scanvoch; je vous ai dit que je ne voulais pas me quereller au sujet de votre héros; vous le défendez envers et contre tous...
--Que voulez-vous? c'est mon faible; j'aime sa mère comme ma soeur... j'aime son fils comme s'il était le mien. Ne faites-vous pas ainsi que moi, Sampso? mon petit Aëlguen, le fils de votre soeur, ne vous est-il pas aussi cher que vous le serait votre enfant? Croyez-moi... lorsque Aëlguen aura vingt ans et que vous l'entendrez accuser de quelque folie de jeunesse, vous le défendrez, j'en suis sûr, encore plus chaudement que je ne défends Victorin... D'ailleurs, ne commencez-vous pas dès à présent votre rôle de défenseur? Oui, lorsque l'espiègle est coupable de quelque grosse faute, n'est-ce pas sa tante Sampso qu'il va trouver pour la prier de le faire pardonner? vous l'aimez tant!...
--L'enfant de ma soeur n'est-il pas mien?
--Voilà donc pourquoi vous ne voulez pas vous marier?
--Certainement, mon frère,--répondit-elle en rougissant avec une sorte d'embarras; puis, après un moment de silence, elle reprit:
--Vous serez, je l'espère, de retour ici vers le milieu du jour, pour que notre petite fête soit complète?
--Mon devoir accompli, je reviendrai. Au revoir, Sampso!
--Au revoir, Scanvoch!
Et laissant la soeur de ma femme occupée à placer un bouquet dans l'un des anneaux de la porte de notre maison, je m'éloignai en réfléchissant à notre entretien.
Souvent je m'étais demandé pourquoi Sampso, plus âgée d'un an que Ellèn, et aussi belle, aussi vertueuse qu'elle, avait jusqu'alors repoussé plusieurs offres de mariage; parfois je supposais qu'elle ressentait quelque amour caché, d'autres fois qu'elle appartenait à une de ces affiliations chrétiennes qui commençaient à se répandre, et dans lesquelles les femmes faisaient voeu de chasteté, comme plusieurs de nos druidesses. Un moment aussi je me demandai la cause de la réticence de Sampso au sujet de Victorin; puis, j'oubliai ces pensées pour ne songer qu'à l'expédition dont j'étais chargé. M'acheminant vers les avant-postes du camp, je m'adressai à un officier, à qui je fis lire quelques lignes écrites de la main de Victorin. Aussitôt l'officier mit à ma disposition quatre soldats d'élite, excellents rameurs choisis parmi ceux qui avaient l'habitude de manoeuvrer les barques de la flottille militaire destinée à remonter ou à descendre le Rhin pour défendre au besoin notre camp fortifié. Ces quatre soldats, sur ma recommandation, ne prirent pas d'armes; moi seul étais armé. En passant devant un bouquet de chênes, je leur fis couper quelques branchages, destinés à être placés à la proue du bateau qui devait nous transporter. Nous arrivons bientôt sur la rive du fleuve; là étaient amarrées plusieurs barques réservées au service de l'armée. Pendant que deux des soldats placent à l'avant de l'embarcation les feuillages de chêne dont je les avais munis, les deux autres examinent les rames d'un oeil exercé, afin de s'assurer qu'elles sont en bon état; je me mets au gouvernail, nous quittons le bord.