--Tu veux donc mourir!--s'écria la prêtresse en grinçant les dents de rage et me menaçant de son couteau;--on va rallumer le foyer de la chaudière... Je te ferai plonger vivant dans l'eau magique, et tu y bouilliras jusqu'à la mort... Une dernière fois, choisis... Ou tu vas mourir dans les supplices, ou tu vas écrire à Victoria de se rendre au camp parée de ses plus riches ornements... Choisis!...--ajouta-t-elle dans un redoublement de rage, en me menaçant encore de son Couteau...--choisis... ou tu vas mourir.

Je savais qu'il n'était pas de race plus pillarde, plus cupide, plus vaniteuse que cette maudite race franque... Je remarquai que les grands yeux gris d'Elwig étincelaient de convoitise chaque fois qu'elle me parlait des magnifiques parures que, selon elle, devait posséder la mère des camps. L'accoutrement ridicule de la prêtresse, la profusion d'ornements sans valeur, dont elle se couvrait avec une coquetterie sauvage, pour plaire sans doute à Riowag, le chef des guerriers noirs; et surtout la persistance qu'elle mettait à me demander que Victoria se rendît au camp couverte de riches ornements; tout me donnait à penser qu'Elwig voulait attirer ma soeur de lait dans un piége pour l'égorger et lui voler ses bijoux. Cette embûche grossière ne faisait pas honneur à l'invention de l'infernale prêtresse; mais sa vaniteuse cupidité pouvait me servir; je lui répondis d'un air indifférent:

--Femme, tu veux me tuer si je n'engage pas Victoria à venir ici? Tue-moi donc... fais bouillir ma chair et mes os... tu y perdras plus que tu ne sais, puisque tu es la soeur de Néroweg, l'aigle terrible, un des plus grands rois de vos hordes!...

--Que perdrai-je?

--De magnifiques parures gauloises!

--Des parures... Quelles parures?--s'écria Elwig d'un air de doute, quoique ses yeux brillassent plus que jamais de convoitise.--De quelles parures parles-tu?...

--Crois-tu que Victoria, la grande, en envoyant ici son frère de lait porter un message aux rois des Franks, ne leur ait pas envoyé, en gage de trêve, de riches présents pour leurs femmes et leurs soeurs, qui les ont accompagnés ou qui sont restées en Germanie?...

Elwig bondit sur ses talons, se releva d'un saut, jeta son couteau, frappa dans ses mains, poussa des éclats de rire presque insensés, puis s'accroupit de nouveau près de moi, me disant d'une voix entrecoupée, haletante:

--Des présents? tu apportes des présents?... quels sont-ils? où sont-ils?...

--Oui, j'apporte des présents capables d'éblouir une impératrice: colliers d'or ornés d'escarboucles, pendants d'oreilles de perles et de rubis, bracelets, ceintures et couronnes d'or, si chargés de pierreries, qu'ils resplendissent de tous les feux de l'arc-en-ciel... ces chefs-d'oeuvre de nos plus habiles orfévres gaulois... Je les apportais en présent... et puisque ton frère Néroweg, l'aigle terrible, est le plus puissant roi de vos hordes, tu aurais eu la plus grosse part de ces richesses...