Elwig m'avait écouté la bouche béante, les mains jointes, sans chercher à cacher l'admiration et l'effrénée cupidité que lui causait l'énumération de ces trésors... Mais soudain ses traits prirent une expression de doute et de courroux... Elle ramassa son couteau, et le levant sur moi, elle s'écria:
--Tu mens ou tu railles!... Ces trésors, où sont-ils?
--En sûreté... Sage a été ma précaution; car j'aurais été tué et dépouillé sans avoir accompli les ordres de Victoria et de son fils.
--Où les as-tu mis en sûreté, ces trésors?
--Ils sont restés dans la barque qui m'a amené ici... mes compagnons ont regagné le large et se sont ancrés dans les eaux du Rhin, hors de portée des flèches de tes gens.
--Il y a les barques du radeau à l'autre extrémité du camp, je vais faire poursuivre tes compagnons... j'aurai tes trésors!
--Erreur... Mes compagnons voyant au loin s'avancer vers eux des bateaux ennemis, se défieront, et comme ils ont une longue avance, ils regagneront sans danger l'autre rive du Rhin... Tel sera le fruit de la trahison des tiens envers moi... Allons, femme, fais-moi bouillir pour tes augures infernaux!... Mes os, blanchis dans ta chaudière, se changeront peut-être par ta magie en parures magnifiques!...
--Mais ces trésors,--reprit Elwig, luttant contre ses dernières défiances,--ces trésors, puisque tu ne les avais pas apportés avec toi, quand les aurais-tu donnés aux rois de nos hordes?
--En les quittant; je croyais être accueilli et reconduit par eux en envoyé de paix... Alors, mes compagnons auraient abordé au rivage pour venir me chercher; j'aurais pris dans la barque les présents pour les distribuer aux rois au nom de Victoria et de son fils.
La prêtresse me regarda encore pendant quelques instants d'un air sombre, paraissant céder tour à tour à la méfiance et à la cupidité. Enfin, vaincue sans doute pas ce dernier sentiment, elle se leva et appela d'une voix forte, et par un nom bizarre, une personne jusqu'alors invisible.