--Non, méchant enfant, laissez-moi...
--Un baiser, ma bonne mère; je vous en supplie...
--Madalèn, voyez cette grosse larme dans ses yeux... Aurez-vous le courage de ne pas l'embrasser?
--Tiens, cher enfant... j'étais plus privée que toi... Pars donc, mais reviens vite...
--Encore un baiser, ma bonne mère... et adieu... et adieu...
--Karadeuk est parti, essuyant ses yeux; deux et trois fois il se retourne pour regarder encore sa mère... et disparaît... Le jour se passe; mon favori ne revient pas: la chasse l'aura entraîné, la nuit le ramènera... Je me mets à écrire ce récit, que la douleur a interrompu. Le jour touchait à sa fin; soudain on entre dans ma chambre en criant:
--Mon père! mon père! un grand chagrin nous frappe!
--Hélas! hélas! mon père... je disais bien que les Korrigans et l'étranger seraient funestes à mon fils... Pourquoi vous ai-je cédé? pourquoi-ce matin l'ai-je laissé partir, mon Karadeuk bien-aimé!... C'est fait de lui... je ne le reverrai plus... pauvre femme que je suis!
--Qu'avez-vous, Madalèn? qu'as-tu, Jocelyn? pourquoi cette pâleur? pourquoi ces larmes? qu'est-il arrivé à mon Karadeuk?
--Lisez, mon père, lisez ce petit parchemin, qu'Yvon, le bouvier, vient de m'apporter...