--Que veux-tu?
--Mon ours est mon gagne-pain... vous allez le faire étrangler...
--Et moi, hi... hi... est-ce que je ne m'expose pas à voir... les deux meilleurs chiens de ma meute déchirés... à coups de griffes... puisque tu dis ton ours féroce?
--Seigneur, vos chiens ne vous font pas vivre! et mon ours est mon gagne-pain...
--Oserais-tu résister à ma volonté?
--Ô grand prince!--reprit Karadeuk toujours agenouillé en se tournant vers Chram,--un pauvre vieillard s'adresse à votre gloire; un mot de vous à ce clarissime seigneur, qui vous respecte comme fils de son roi, et il renonce à son projet... Je vous le jure par mon salut! les autres tours de mon ours vous divertiront cent fois davantage que ce combat sanglant qui va me priver de mon gagne-pain...
--Allons, relève-toi... je ne t'empêcherai pas de gagner ton pain...
--Grâces vous soient rendues, grand roi! mon ours est sauvé.
Les paroles de Chram soulevèrent de violents murmures parmi les leudes du comte; non-seulement ils se voyaient privés d'un spectacle réjouissant pour eux, mais ils se croyaient de nouveau rabaissés dans la personne de leur patron.
--Chram n'est pas roi dans ce burg, dis-lui donc cela, Neroweg,--s'écria Sigefrid, l'un des provocateurs de la dispute à peine étouffée au moment de l'entrée de Karadeuk et de son ours.--Non, le roi Chram ne peut, par caprice, nous priver d'un divertissement qu'il te plaît de nous donner, Neroweg, et dont il nous plaît de jouir.