Les prisonniers de l'ergastule se sont, autant que possible, rapprochés des barreaux; la petite Odille, endormie sur les genoux de l'évêchesse, s'est en sursaut réveillée, disant:

--Ronan, qu'y a-t-il donc? vient-on déjà nous chercher pour le supplice?

--Non, petite Odille; nous sommes à peine à la moitié de la nuit. Mais je ne sais ce qui se passe au burg; tous les Franks qui nous gardaient ont abandonné les dehors de notre prison pour accompagner un des leurs, qui est venu les chercher; puis, tous sont partis en courant et en agitant leurs armes.

--Ronan, mon frère, prête l'oreille dans la direction de la maison seigneuriale... il me semble entendre un bruit étrange...

--Silence! faisons silence...

--Ce sont des cris tumultueux... l'on dirait qu'on entend le choc des armes...

--Loysik! les débris de ma troupe, joints à d'autres Vagres, attaqueraient-ils le burg?... Ô mon frère! délivrance!... liberté!... vengeance!...

--Voyez-vous, Ronan, je ne me trompais pas... vos Vagres, qui vous aiment tant, viennent vous délivrer.

--Folle espérance, comme en ont seuls les prisonniers, pauvre enfant! Et puis, il faudrait donc que ces braves compagnons m'emportassent, moi et mon frère, sur leurs épaules... nous ne saurions faire un pas.

--Le feu! le feu!...