--Ta blessure t'empêche-t-elle de marcher et d'agir?

--Non.

--As-tu ton poignard?

--Oui, dans un pli de ma casaque.

--Ne me quitte pas de l'oeil et imite-moi.

A ce moment la mêlée s'engageait... Déjà plusieurs des porte-flambeaux laissaient, par leur fuite ou par l'abandon de leurs torches, la salle du festin dans une obscurité presque complète. Karadeuk, suivi du Veneur, se jeta sous la table massive ébranlée, mais non renversée durant le combat, car elle était, contre l'usage habituel des Franks, fixée dans le sol. Ainsi, un moment à l'abri, le vieux Vagre déboucla le collier de l'amant de l'évêchesse; puis, tous deux, continuant de ramper sous la table, guidés par la dernière lueur de quelques torches à demi éteintes sur le sol, se dirigèrent vers une des portes de la salle du festin, porte que le flot des combattants laissait libre, et s'élancèrent au dehors. Presque aussitôt ils se trouvèrent en face de deux esclaves, qui, ayant fui par une autre issue, couraient éperdus, leurs torches à la main. Chacun des Vagres prend un esclave à la gorge et lui met un poignard sur la poitrine.

--Éteins ta torche,--dit Karadeuk,--et conduis-moi à l'ergastule, ou tu es mort...

--Donne-moi ta torche,--dit l'amant de l'évêchesse,--et conduis-moi aux granges, ou tu es mort...

Les esclaves obéissent, les deux Vagres se séparent: l'un court aux granges, l'autre à l'ergastule.