--Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, je vous excommunie tous!--s'écria l'archidiacre blême de fureur.--Anathème à celui qui oserait porter une main sacrilége sur moi, prêtre et oint du Seigneur!
--Ne me tente pas, crois-moi, oint que tu es! car tout vieux que je suis, foi d'ancien Vagre, j'ai terriblement envie de mériter ton excommunication, en appliquant sur ton échine sacrée une volée de coups de fourreau d'épée!
--Ronan, Ronan! pas de violence,--dit Loysik;--ces étrangers sont venus ici en ennemis, ils ont versé le sang les premiers; vous les avez désarmés, c'était justice...
--Et leurs armes enrichiront notre arsenal,--dit Ronan.--Allons, enfants, récoltez-moi cette bonne moisson de fer... Par ma foi, nous serons armés comme des guerriers royaux!
--Que ces soldats et leur chef soient conduits dans une des salles du monastère,--ajouta Loysik;--ils y seront enfermés, des moines armés veilleront à la porte et aux fenêtres.
--Oser me retenir prisonnier, moi! officier de la maison de la reine Brunehaut!--s'écria Gondowald en grinçant des dents et se débattant dans ses liens.--Oh! tout ton sang ne payera pas cette audace, moine insolent! Ma redoutée maîtresse me vengera!
--La reine Brunehaut a agi contrairement à tous les droits, à toute justice, en envoyant ici des hommes de guerre prêter main-forte au message de l'évêque de Châlons, lors même que sa prétention eût été aussi équitable qu'elle est inique,--répondit Loysik; puis s'adressant à ses moines:--Emmenez ces hommes, et surtout qu'il ne leur soit point fait de mal; s'ils ont besoin de provisions, qu'on leur en donne...
Les moines emmenèrent les guerriers franks, et leur chef qu'il fallut traîner de force, tant cet enragé était furieux. Ceci fait, Loysik dit à l'archidiacre, pantois, colère et sournois comme un renard pris au piége:
--Salvien, je dois avant tout assurer le repos de cette colonie et de cette communauté; je suis donc obligé d'ordonner que tu restes prisonnier dans ce monastère...
--Moi?... moi aussi... tu oses...