--Ne redoute rien, tu seras traité avec égard, tu auras pour prison l'enceinte du monastère... Dans trois ou quatre jours au plus tard... lors de mon retour, tu seras libre.

Lorsque l'archidiacre eut disparu, Ronan dit à Loysik:

--Frère, tu as parlé à cet homme de ton retour? tu pars donc?

--À l'instant même... Je vais à Châlons... Je verrai l'évêque, je verrai la reine.

--Que dis-tu, Loysik!--s'écria Ronan avec une anxiété douloureuse,--tu nous quittes, tu vas affronter Brunehaut; mais ce nom dit tout: Vengeance implacable. Loysik, c'est courir à ta perte!...

Les moines laboureurs et les colons, partageant l'inquiétude de Ronan, se livrèrent aux supplications les plus tendres, les plus pressantes, afin de détourner Loysik de son projet téméraire: le vieux moine fut inébranlable; et, pendant que l'un des frères qui devait l'accompagner faisait à la hâte quelques préparatifs de voyage, il se rendit dans sa cellule pour y prendre la charte du roi Clotaire. Ronan et sa famille accompagnèrent Loysik, il leur dit tristement:

--Notre position est pleine de périls: il s'agit non-seulement du sort de ce monastère, mais de celui de la colonie tout entière. Vous avez eu facilement raison d'une vingtaine de guerriers; mais, songer à résister par la force à l'immense et terrible pouvoir de Brunehaut, c'est vouloir le ravage de cette vallée, le massacre ou l'esclavage de ses habitants... Cette charte de Clotaire confirme notre droit; mais qu'est-ce que le droit pour Brunehaut!

--Alors, mon frère, que vas-tu faire à Châlons dans l'antre de cette louve...

--Tenter d'obtenir justice.

--Obtenir justice!... Mais, tu l'as dit, qu'est-ce que le droit pour Brunehaut?...