--Puisque tu ne doutes plus de la puissance du Seigneur,--reprit l'évêque en frappant de nouveau du pied sur le plancher,--relève-toi, comte, ouvre les yeux, le gouffre de l'enfer est refermé (la dalle en remontant avait repris sa place). Ermite, apporte ce parchemin et ce qu'il faut pour écrire. Tu seras mon témoin.

--Je ne serai pas témoin de cette fourberie sacrilége,--répondit en latin l'ermite laboureur.--Je t'exposerais à la fureur de ce barbare en lui dévoilant cette pillerie, il te tuerait, et je ne veux pas voir ton sang couler... mais, prends garde, prends garde... tu domines par la ruse et la terreur les seigneurs stupides et féroces; moi je domine, par l'amour que je leur porte, les opprimés et ceux qui souffrent. Prends garde; ceux-là sont nombreux.

--Voudrais-tu exciter une rébellion contre moi? Serais-tu capable d'abuser du grand empire que tu possèdes sur le populaire? toi que j'ai accueilli ici comme un hôte bien venu? sans savoir pourtant si ton évêque t'avait permis de sortir de son diocèse[K].

--Demain, avant de continuer ma route, je te dirai ce que j'attends de toi...

Cautin, à qui l'ermite laboureur imposait, frappa sur un timbre pendant que le comte, toujours agenouillé, tremblant de tous ses membres, essuyait la sueur glacée qui coulait de son front. À l'appel de l'évêque, le chambrier parut; le saint homme lui dit tout bas en latin:

--L'enfer a été très-satisfaisant... Qu'on éteigne le feu!

Et il ajouta tout haut:

--Commande à l'un des leudes du comte de venir ici... Tu l'accompagneras.

Le chambrier sorti, l'évêque s'adressant au Frank toujours agenouillé:

--Tu as cru, et tu te repens... Relève-toi! Mais prends garde de manquer à ta parole...