--Mon bon patron, je ne me relèverai pas que tu ne m'aies promis une chose...

--Quoi donc?

--J'ai peur de retourner cette nuit à mon burg; les démons viendraient peut-être me prendre sur la route... Je suis épouvanté... garde-moi cette nuit à ta villa.

--Tu seras mon hôte jusqu'à demain; mais ta petite esclave, tu devais me l'envoyer dès ton arrivée... chez toi?

--Tu la veux cette nuit?... la petite esclave?

--Je l'ai promise à mon évêchesse, autrefois ma femme selon la chair, aujourd'hui ma soeur en Dieu. Elle a besoin d'une toute jeune fille pour son service; je lui ai promis celle-ci... et plus tôt elle l'aura, plus tôt elle sera contente.

--Ainsi, patron,--dit le comte en se grattant l'oreille,--tu la veux absolument ce soir, la petite esclave?

--Oserais-tu maintenant te dédire?... Te crois-tu déjà si loin de l'enfer?

--Non, oh! non, patron... ne te fâche pas; un de mes leudes va monter à cheval; il ira chercher la petite esclave et la ramènera ici en croupe...

La charte de donation, validée selon l'usage par l'inscription du témoignage du chambrier de l'évêque et du leude, portait que Neroweg, comte du roi d'Auvergne en la ville de Clermont, donnait en rémission de ses péchés à l'église, représentée par Cautin, évêque de cette ville, cent arpents de prairie, vingt sous d'or, et une esclave filandière, âgée de quinze ans, nommée Odille. Après quoi l'évêque, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, donna au comte frank l'absolution de son fratricide et trois grands coups à boire pour le réconforter.