--Ni plus ni moins qu'Aman et Aëlian, nos prophètes, Bagaudes en leur temps comme nous Vagres en le nôtre... Mais le pauvre monde dit: Bon Aëlian! bon Aman!... puisse-t-il dire un jour: Bon Ronan!... je mourrai content, vieux Simon...
--Toujours vivre au fond des bois...
--La verdure est si gaie!
--Au fond des cavernes...
--Il y fait chaud l'hiver, frais l'été.
--Toujours l'oreille au guet, toujours par monts et par vallées... toujours errer sans feu ni lieu...
--Mais vivre toujours libres, vieux Simon... libres! libres! au lieu de vivre esclaves sous le fouet d'un maître frank ou d'un évêque! Viens avec nous, Simon...
--Je suis trop vieux!
--Ne hais-tu pas ton seigneur, le saint homme Cautin?
--Autrefois j'étais jeune, riche, heureux; les Franks ont envahi la Touraine, mon pays natal; ils ont égorgé ma femme après l'avoir violée; ils ont brisé sur les murailles la tête de ma petite fille; ils ont pillé ma maison; ils m'ont vendu comme esclave, et de maître en maître, je suis tombé entre les mains de Cautin... J'ai donc sujet d'exécrer les Franks; mais j'exècre, s'il se peut, davantage encore les évêques gaulois, qui nous tiennent, nous Gaulois, en esclavage!