--Qui va là?--s'écria Ronan, en voyant au dehors, et dans l'ombre, une forme humaine rampant à deux genoux, et s'approchant ainsi de la porte de la chapelle.--Qui va là?
--Moi, Félibien, esclave ecclésiastique de notre saint évêque.
--Pauvre homme, pourquoi marcher ainsi à genoux?
--C'est un voeu... Je viens ainsi de ma hutte à genoux... sur les cailloux du chemin pour prier Loup, le grand Saint-Loup, à qui est dédiée cette chapelle. Je viens ainsi de nuit afin d'être de retour dès l'aube à l'heure du labeur, car ma hutte est loin d'ici...
--Frère, pourquoi t'infliger ce supplice à toi-même? N'est-ce pas assez déjà de te lever avec le soleil, et le soir de te coucher sur ta paille, brisé de fatigue?
--Je viens à genoux prier Saint-Loup, le grand Saint-Loup, de demander au Seigneur de longs et fortunés jours pour notre saint évêque Cautin, de qui je suis esclave laboureur.
--Ton maître! un saint?... ce fainéant qui t'écrase de travail, comme le meunier sous sa meule écrase le blé nourricier pour en tirer la farine... Quoi! demander de longs jours pour ton maître, c'est demander d'allonger la lanière du fouet des surveillants qui te rouent de coups si tu bronches.
--Bénis soient leurs coups! Plus on souffre ici-bas, plus l'on est heureux dans le paradis...
--Mais le blé que tu sèmes, ton évêque le mange; le vin que tu foules, il le boit; les habits que tu tisses, il s'en revêt... te voici hâve, affamé, presque nu sous tes haillons!...
--Je voudrais manger les excréments des porcs, boire leur urine, me vêtir d'épines, qui déchireraient ma peau jusqu'aux veines, mon bonheur en serait plus grand dans le paradis...