--Mon aïeule Geneviève?... tu n'ignores rien de ce qui touche ma famille... Mon père seul a pu t'instruire de ce que tu sais... tu l'as donc connu?

--Oui...

--Et où cela?

--N'as-tu pas remarqué que de temps à autre, lorsque vous reveniez au coeur de l'Auvergne, ton père s'absentait pendant plusieurs jours?

--C'est vrai... et le but de ces absences, je ne l'ai jamais su.

--Ton père allait voir, près de Tulle, une pauvre femme esclave, attachée aux terres de l'évêque de cette cité... Cette esclave, il y a au moins trente ans de cela, avait un jour trouvé ton père, alors chef de Bagaudes, blessé, presque mourant dans les buissons de la route: le prenant en pitié, elle l'aida à se traîner dans la cabane où elle logeait avec sa mère... Ton père avait environ vingt ans... la jeune fille à peu près l'âge de cet enfant qui dort près de nous... Tous deux s'aimèrent... Ton père, à peine guerri de sa blessure, fut un jour surpris dans la hutte de l'esclave par le régisseur de l'évêque, cet agent considérant Karadeuk comme de bonne prise, voulut l'emmener esclave à Tulle... Ton père résista, battit l'agent, et alla rejoindre les Bagaudes.

--Et la jeune esclave?

--Elle devint mère... et mit au monde un fils...

--J'ai donc un frère?

--Tu as un frère...