--Je lis,--reprit Ronan,--je lis sur l'un des côtés de la garde ce mot: GHILDE, et sur l'autre, ces deux mots gaulois: AMINTIAIZ-COMMUNITEZ... amitié-communauté... C'est sans doute la devise des ermites laboureurs?
--Peut-être...
--Mais ce mot GHILDE, que signifie-t-il? il n'est pas gaulois?
--Non, il est saxon...
--Ah! c'est un mot de la langue de ces pirates, qui descendant des mers du Nord, en suivant les côtes, remontent souvent le cours de la Loire pour ravager les pays riverains... Ce sont de terribles pillards, mais d'intrépides marins!... Venir ainsi des mers lointaines, dans des canots si frêles, si légers, qu'au besoin ils les portent sur leur dos; on dit qu'ils ont remonté plusieurs fois la Loire jusqu'à Tours?
--Oui, puisque aujourd'hui la Gaule est en proie aux barbares du dedans et du dehors.
--Mais ce mot saxon ghilde, gravé sur le fer, est-ce lui qui, selon tes paroles, fait la force de cette arme?
--Oui... car ce mot peut opérer des prodiges...
--Explique-toi...
--L'un des moines laboureurs, avant de se réunir à nous, habitait les bords de la Loire... Enlevé jeune, il y a de longues années, lors d'une descente des pirates en Touraine, il avait été emmené dans leur pays... Pendant qu'il y séjournait, il observa que ces hommes du Nord trouvaient une force immense dans des associations où chacun était solidaire de tous et tous de chacun... solidaires par la fraternité, par l'assistance, par les biens, par les armes, par la vie, s'il le fallait. Ces associations, que l'on croirait nées de la fraternité chrétienne, étaient pratiquées dans ces contrées plusieurs siècles avant la naissance de Jésus, et se nommaient des GHILDE[H]. Plus tard, lorsque ce captif des pirates, après leur avoir échappé, se joignit à nous autres, ermites laboureurs...