—Jamais! Les chariots se sont remis en route pour ce pays, où je suis arrivée avec mes compagnes d'esclavage. Toutes ont dû périr par l'inondation de cette nuit, et sans le dévouement de cette courageuse enfant, je perdais aussi la vie...
—Le juif Mardochée,—reprit le vieil orfévre en réfléchissant,—ce marchand de chair gauloise, grand ami de l'intendant Ricarik, est venu depuis peu de jours fort souvent ici; il se trouvait au couvent de Saint-Saturnin lors de la donation de cette abbaye à votre fils et à ses hommes; il aura, sans nul doute, pris les devants afin d'avertir l'abbesse, aussi a-t-elle fait ses préparatifs de défense contre les guerriers qui venaient la déposséder.
—Le juif a, en effet, voyagé très-rapidement depuis son départ du couvent de Saint-Saturnin, d'où il m'a emmenée,—reprit Septimine.—Nous n'étions que trois esclaves et lui dans un petit chariot léger, attelée de deux chevaux. Il a dû arriver ici deux ou trois jours avant la troupe du seigneur Berthoald, retardée dans sa marche par ses nombreux bagages.
—Ainsi, le juif aura prévenu Méroflède, lui révélant sans doute que le prétendu chef frank Berthoald était de race gauloise,—reprit Bonaïk;—de là cette vengeance de l'abbesse, qui a fait jeter votre fils dans ce souterrain, croyant sans doute l'exposer à une mort certaine. Il s'agit maintenant de le sauver, vous aussi, nous aussi; car rester en ce couvent après l'évasion de votre fils, ce serait exposer à la vengeance de l'abbesse ces pauvres apprentis et Septimine.
—Oh! bon père! comment faire?—reprit Septimine en joignant les mains.—Personne ne peut entrer dans ce bâtiment au-dessous duquel est enfermé le seigneur Berthoald...
—Nomme-le Amael, mon enfant,—reprit Rosen-Aër avec amertume.—Ce nom de Berthoald me rappelle sans cesse une honte que je voudrais oublier...
—Tirer Amael de ce souterrain n'est point chose impossible,—reprit l'orfévre en hochant la tête.—J'ai réfléchi là-dessus tout à l'heure, et nous avons, je crois, quelques chances de succès.
—Mais, bon père,—dit Rosen-Aër,—et les barreaux de la fenêtre de cet atelier? ceux du soupirail de la cave où est enfermé mon fils? enfin ce large et profond fossé? que d'obstacles!
—Ces obstacles ne sont pas les plus difficiles à surmonter. Supposons la nuit venue, Amael délivré nous a rejoint, que faire?
—Quitter l'abbaye,—dit Septimine;—fuir tous...