—Quoi! mon père... tu renvoies Vortigern?—dit Thétralde avec un accent de doux reproche.—J'aurais, au contraire, désiré qu'il restât pour te confirmer mon récit.
—Tout ce que tu me diras, ma fille, je le croirai. Parle, parle sans crainte devant moi et l'aïeul de ce digne garçon.
—Hier,—reprit Thétralde,—j'étais au balcon du palais lorsque Vortigern est entré dans la cour. Apprenant qu'il venait ici comme prisonnier, si jeune et blessé, je me suis tout de suite intéressée à lui; puis, quand il a manqué d'être renversé, tué peut-être par son cheval, j'ai eu si grand'peur, si grand'peur, que j'ai poussé un cri d'effroi; mais, lorsque Hildrude et moi nous l'avons vu se montrer intrépide cavalier, nous lui avons, dans notre admiration, jeté nos bouquets.
—Vous m'aviez toutes deux parlé de votre admiration pour ce jouvenceau comme habile écuyer, mais point du tout de ces bouquets-là; enfin, passons... continue.
—J'ai été certainement très-heureuse de ton retour, bon père; cependant, je te l'avoue, je pensais peut-être encore plus à Vortigern qu'à toi; toute la nuit, ma sœur et moi, nous avons parlé du jeune otage breton, de sa bonne grâce, de sa figure, à la fois douce et hardie... de...
—Bien, bien, passons là-dessus, ma fille, passons...
—Tu ne veux donc pas, père, que je te dise tout?...
—Si... si... continue...
—Au point du jour, je me suis endormie, mais c'était encore pour rêver de Vortigern; nous l'avons revu à l'église, quand je ne regardais pas son fier et doux visage, je priais pour le salut de son âme. Après la messe, lorsque j'ai su que l'on chasserait, ma seule crainte a été qu'il ne vînt pas à la chasse... Juge de ma joie, mon père, lorsque je l'ai aperçu. Soudain son cheval s'emporte; moi, presque sans réfléchir, car j'agissais vraiment comme malgré moi, je donne un coup de houssine à ma haquenée pour rejoindre Vortigern. Hildrude me suit, elle veut me dépasser; oh! alors cela m'irrite; je frappe son cheval à la tête; il fait un écart, emporte ma sœur dans une autre allée; j'arrive seule auprès de Vortigern. Le brouillard, la pluie, et bientôt la nuit nous surprennent; nous remarquons cette hutte de bûcheron et un foyer à demi éteint; alors nous nous disons: nous ne pouvons retrouver notre chemin, passons la nuit ici! Par bonheur, nous voyons des châtaignes tombées des arbres; nous les ramassons, nous les faisons cuire sous la cendre, mais nous avons oublié de les manger...
—Parce que vous étiez trop fatigués, sans doute?... de sorte que, pour prendre du repos, tu t'es couchée, toi sur cette mousse, et ce garçon en travers du seuil?