—Debout, debout!—dit Brunehaut s'adressant aux deux esclaves qui, en présence de la terrible reine, s'étaient agenouillées comme le marchand au seuil de la porte,—debout, les filles, et ôtez vos voiles.

Les deux esclaves se hâtèrent de se relever et d'obéir à la reine; le juif, afin de mieux mettre en valeur sa marchandise, avait vêtu les deux jeunes filles de tuniques à manches courtes et dont la jupe descendait à peine au-dessus du genou, tandis que l'échancrure du corsage découvrait à demi le sein et les épaules. L'une des esclaves, grande et svelte, portait une tunique blanche; elle avait les yeux bleus, une torsade de corail s'enroulait dans les nattes de ses cheveux noirs: on pouvait lui donner dix-huit ou vingt ans; son visage, d'une beauté touchante et candide, était baigné de larmes, abîmée dans la douleur et la honte, tremblant de tous ses membres, elle tenait constamment baissé son regard noyé de pleurs, de crainte de rencontrer les yeux de Brunehaut. La vieille reine, après avoir longtemps et attentivement examiné cette jeune fille, en la faisant se tourner et se retourner devant elle en tous sens, échangea un signe approbatif avec Chrotechilde, non moins occupée à examiner l'esclave, et dit à celle-ci:

—De quel pays es-tu?

—Je suis de la ville de Toul,—répondit la jeune fille d'une voix altérée.

—Aurélie! Aurélie!—s'écria Samuel en frappant du pied,—est-ce ainsi que tu te rappelles mes leçons? On répond: Glorieuse reine, je suis de la ville de Toul...—Et se tournant vers Brunehaut:

—Veuillez lui pardonner, madame... mais c'est si naïf, si simple, que...

Brunehaut coupa d'un geste la parole au juif, et s'adressant à l'esclave:—Où as-tu été prise?

—À Toul, madame, lors du sac de cette ville par les troupes du roi de Bourgogne.

—Étais-tu de condition libre?

—Oui... mon père était maître armurier.